L’Etat du Sénégal envisage de lancer un emprunt obligataire destiné aux sénégalais de l’extérieur. C’est ce qui est désigné sous le nom générique de Diaspora Bonds. L’idée de mobiliser l’épargne des émigrés pour financer le développement du pays est louable. Il faut souhaiter que l’emprunt projeté rencontre un immense engouement chez nos compatriotes.
De fait, ce type d’emprunt obligataire pourrait connaître un franc succès sous certaines réserves que nous allons exposer ci-dessous. L’investisseur doit être convaincu de la rentabilité de sa souscription. C’est une condition essentielle pour qu’il s’engage. Pour cela, il doit être aussi être rassuré quant au retour sur investissement.
En principe, l’emprunteur étant l’Etat lui-même, il n’y a pas de risque de défaut de paiement. En principe.
Si on met de côté, la problématique de la variation des taux de change dans l’hypothèse où la souscription est émise en monnaie étrangère, il y a la question du cadre légal des transferts de fonds qui pourrait se poser. Autrement dit, les États d’accueil, lesquels sont dans la plupart des cas en situation d’endettement, accepteront-ils des transferts massifs de fonds à partir de leur territoire ?
Par ailleurs, il se pose également le risque juridique lié à la législation contre le blanchiment des capitaux. Sous ce rapport, l’investisseur ne pourrait-il pas se voir interroger sur l’origine de ses capitaux ?
Autre problématique identifiée, c’est celle de la liquidité.
Pour être plus explicite, l’investisseur qui voudrait revendre ses bonds ou obligations sur le marché secondaire car, ayant besoin d’argent liquide avant l’échéance prévue par l’émission, ne pourrait-il pas subir une décote de ses titres en raison de la dégradation de la note souveraine de l’Etat ? Les éventuels spéculateurs pourraient imposer leur loi sur le marché secondaire.
Enfin dernier angle d’analyse, le succès des diasporas bonds pourraient créer un effet d’éviction. Concrètement, cela signifie qu’au lieu de subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays , les émigrés pourraient choper le virus de la « diaspora patriotique». Si cela arrivait, on peut à l’avance imaginer les conséquences désastreuses sur le plan national. Comme on peut le voir , les diaspora bonds sont un instrument de financement innovant mais la prudence doit être de mise pour toutes les parties et à bien des égards.
Source : page Facebook Me Amadou Kane
