Par ELIASSE BASSENE
A la surprise générale et de manière inopinée, le président Macky Sall a fait une apparition intempestive à NewYork à l’occasion de la 80ème Assemblée générale des Nations Unies. Officiellement pour «présenter» et «promouvoir» son nouvel ouvrage intitulé «l’Afrique au cœur». Un livre qu’il dit vouloir dédier et consacrer à l’Afrique en général et à la jeunesse du continent en particulier.
Mais, derrière les effets d’annonce mirobolantes et les postures gageuses, se cache une autre vérité, bien moins noble, qu’il convient de mettre en lumière. D’emblée, une question simple s’impose: depuis quand la tribune des Nations Unies est-elle l’espace indiqué pour parler à la jeunesse africaine? Si Macky Sall voulait sincèrement s’adresser aux jeunes du continent noir, le siège de l’Union africaine, à Addis Abeba, aurait été sans doute le cadre naturel et légitime. Mais non! C’est plutôt New York qui lui a servi de cadre d’expression, comme pour mieux dire que son message n’était pas destiné à l’Afrique, mais bien au cercle des décideurs occidentaux qui comptent dans la désignation du futur secrétaire général de l’ONU. Du«Sénégal au cœur» à « l’Afrique au cœur »: un opportunisme flagrant.
En 2019, alors président en exercice, Macky Sall publiait avec emphase et à coup de renforts médiatiques: le Sénégal au cœur. Un ouvrage d’autocélébration, un condensé de louanges et d’éloges personnels, censé retracer son action politique en rendant visible son œuvre économique, sociale et culturelle au service de son pays et son ambition nationale. Aujourd’hui, à peine chassé du pouvoir par le tandem Diomaye-Sonko, le voici qui tente de recycler la formule, en
élargissant la focale à «l’Afrique». Dès lors, faut-il comprendre que son cœur a cessé de battre pour le Sénégal pour chercher refuge dans un continent qu’il invoque comme planche de salut? Pour l’observateur avisé de la scène politique sénégalaise que je suis, Ce glissement subtil n’a rien d’innocent: Macky Sall ne cherche pas à servir l’Afrique, mais à se servir de l’Afrique pour masquer son lourd passif politique et moral, et pour tenter de légitimer sa candidature informelle au poste de secrétaire général des Nations Unies. Un loup déguisé en agneau.
Derrière les grands discours charmeurs qui nous rappellent étrangement les speechs emphatiques des sophistes de la Grèce antique, et les sourires diplomatiques accrocheurs distillés comme de l’eau bénite à New-York, la réalité est tout autre. Macky Sall n’est pas ce sage africain encore moins ce mage venu de contrées lointaines pour annoncer la bonne nouvelle aux jeunes du continent, mais un piètre ancien président au lourd bilan avec des mains maculées de sang. Plus de 80 jeunes massacrés lors des manifestations politiques, sous son régime entre 2021 et 2024. Plus de 1000 détenus politiques incarcérés cruellement dans nos prisons, dans un climat de répression féroce. Des arrestations arbitraires sans commune mesure, et des exécutions sommaires non encore élucidées. Des détournements massifs de deniers publics et des scandales financiers à grande échelle. Une dette publique colossale, opaque, dissimulée estimée à près de 7000 milliards de francs, laissée en héritage à l’actuel régime. Une dictature sanglante qui avait fini d’ériger la terreur en marque de fabriqueindélébile de sa gouvernance scabreuse, au mépris des droits humains et des libertés fondamentales. Voilà le véritable visage de Macky Sall. Voilà ce que cache son opération de séduction new-yorkaise.Un paria qui cherche un costume d’homme d’Etat global
Rejeté au Sénégal comme un mal propre, discrédité et vomipar son propre peuple, Macky Sall sait que son pays ne portera jamais sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU. Il lui reste donc une carte: se draper dans le manteau de «l’homme de l’Afrique» pour tenter de séduire les chancelleries occidentales et les réseaux de lobbying internationaux. Mais ce calcul cynique et cette posture lâche ne trompent personne: on ne bâtit pas une stature d’homme d’Etat global sur un champ de ruines nationales. Les nouvelles autorités sont à ce titre interpellées.
Le binôme Diomaye-Sonko doit rester vigilant. L’ancien président de la République ne peut pas briser le cœur de la belle fille qu’est le Sénégal et, dans le même sillage prétendre séduire la charmante mère qu’est l’Afrique. C’est une inceste politique abjecte qu’il convient d’exorciser, de conjurer sans faiblesse aucune. La place de Macky Sall n’est pas à la tribune de l’ONU, sa mission à l’heure actuelle ne doit pas consister à se musarder ou batifoler dans les rues de Manhattan, mais bien devant les tribunaux sénégalais pour répondre des massacres humains, des crimes financiers, et des drames politiques perpétrés sous son régime. Ce que Macky Sall tente de vendre à New York, ce n’est pas un livre, mais une image flatteuse. Ce qu’il cherche à obtenir, ce n’est pas l’adhésion de la jeunesse africaine,c’est le cadet de ses soucis, mais plutôt le sceau de respectabilité que confère les grandes messes internationales.
