Par ELIASSE BASSENE
Dans la nouvelle configuration politique du Sénégal, marquée par l’ascension au pouvoir du tandem Diomaye-Sonko, un homme semble pris de convulsions politiques répétées: Barthélémy Dias, ancien maire de Dakar, aujourd’hui relégué au second plan, mais bruyant, très bruyant. Depuis plusieurs semaines, l’homme multiplie les sorties incendiaires, les attaques personnelles, les déclarations belliqueuses et les accusations fantaisistes contre le nouveau régime.
A première vue, ces prises de position pourraient s’apparenter à de la critique politique normale, mais à y regarder de plus près, elles traduisent une dérive personnelle et narcissique: celle d’un homme blessé, déboussolé par sa perte d’influence, et en quête désespérée d’aura, de prestige politique. Barthélémy Dias avait placé de grands espoirs dans la victoire de son mentor politique, en l’occurrence Khalifa Sall, lors de la dernière élection présidentielle.
A tort, il s’imaginait déjà dans les lambris dorés du pouvoir. Lui, le maire de la capitale, fils d’un vétéran du panafricanisme, pensait que la troisième alternance serait aussi une reconnaissance politique pour sa personne. Mais voilà que le binôme Diomaye-Sonko prend les commandes du pays en définissant une gouvernance nouvelle, recentrée sur l’efficacité, la rigueur, la transparence et l’éthique.
Barthélémy Dias est esseulé, il perd pied, et devient un politicien sans boussole. Il rompt les amarres politiques avec son ancien mentor, Khalifa Sall. Et comme si la coupe n’avait pas suffisamment débordée, le glaive de la justice sénégalaise va tomber comme un couperet: Barthélemy Dias est déchu de ses mandats électifs de député à l’Assemblée nationale et de maire de la ville de Dakar.
Pour Dias fils, c’est la goutte d’eau de trop, celle-là même qui fait déborder le vase de ses ambitions politiques, en lui infligeant un camouflet supplémentaire insupportable, et une gifle politique indigeste. Dès lors, les sorties de l’ancien édile de la capitale, prennent une tournure émotionnelle. Il n’est plus dans la stratégie, encore moins dans la construction. Il est dans le ressentiment, l’aigreur, et parfois même dans une sorte de nihilisme verbal. Ses interventions sont devenues erratiques, souvent en décalage avec la réalité et les priorités.
Plutôt que d’apporter une critique argumentée, il accuse sans preuves, invective sans mesure, et parle pour exister, pour ne pas sombrer dans l’oubli. Il se bat plus contre sa propre invisibilité que contre les idées du nouveau régime. En l’absence d’une véritable base politique nationale, Barthélémy Dias tente de compenser par le vacarme médiatique. A défaut de propositions, il use d’agressivité. Faute de programme, il brandit la dénonciation.
Dépourvu d’équipe, il s’enferme dans la solitude d’un tribun sans armée. Son comportement s’apparente à celui de ces leaders secondaires qui, n’ayant pas réussi à s’imposer dans la structure dominante, choisissent le contre-feu permanent comme stratégie de visibilité. Il veut apparaître comme une alternative, mais il oublie l’essentiel: il faut d’abord exister politiquement pour pouvoir incarner une alternative.
Un leadership auto-proclamé et illusoire. La prétention de Barthélémy Dias à incarner le leadership de l’opposition est aussi ridicule qu’indécente. Il ne peut s’arroger une légitimité politique que les urnes lui ont refusée. Sa base électorale est inexistante, ses soutiens réduits à une portion congrue, et son discours fade, insipide ne peut accrocher le plus aliéné des badauds, son narcissisme politique l’éloigne chaque jour un peu plus des réalités du terrain. L’illusion de la grandeur politique.
Le clou du spectacle fut son annonce de la création d’une «grande coalition politique» regroupant l’opposition et la société civile. Une déclaration ubuesque quand on sait que Barthélémy Dias vient tout juste de quitter une coalition politique, celle -là même où il était tête de liste aux dernières élections législatives, pour aller en créer une autre! L’absurdité dans toute sa splendeur!
Faut-il le rappeler, lors de ces élections législatives en question, la coalition dirigée par monsieur Dias n’a obtenu que trois maigres sièges à l’Assemblée nationale. Trois députés! Un poids politique quasi nul, qui ne fait pas de lui un meneur politique, mais bien un figurant. Il serait peut-être intéressant de lui révéler une nouvelle réalité en cours dans notre landerneau politique: l’ère des agitations vaines est révolue. Le peuple sénégalais n’écoute plus les clowns du passé, il suit les bâtisseurs de demain. Il n’a que faire des imprécations d’un homme prisonnier de ses rancunes et de ses frustrations personnelles. Pendant qu’il éructe et s’égosille bruyamment dans les médias, le gouvernement travaille, le Premier ministre agit, et le Sénégal avance. Au lieu donc de hurler dans le vide, Barthélémy Dias ferait mieux de se souvenir que l’Histoire ne retient pas les aboyeurs, mais plutôt les bâtisseurs.
