Par Abo GAYDEL
Moody’s ou une banque ne jugent pas les intentions ou promesses politiques ni les perceptions locales. Elles appliquent un modèle d’évaluation fondé plusieurs piliers objectifs. Dans le cas du Sénégal, voici le rationnel :
- Solidité économique
- Croissance du PIB : 6,1 % en 2024 (en hausse), mais insuffisante pour absorber les déséquilibres.
- PIB par habitant : encore faible (~1 600 USD), limitant la résilience sociale.
- Qualité institutionnelle et gouvernance
- Suspension du programme FMI en 2024 : signal d’alerte sur la transparence budgétaire.
- Déficit réel de 11,6 % du PIB (contre 4,9 % annoncé) : écart préoccupant.
- Solidité budgétaire
- Dette publique : 119 % du PIB, en zone critique.
- Charge d’intérêts croissante, réduisant les marges de manœuvre fiscales.
- Vulnérabilité extérieure
- Besoin de refinancement élevé, dépendance aux marchés régionaux.
- Réserves de change sous pression, malgré une levée de fonds réussie (450 Mds FCFA).
Pour finir : j’avais déjà alerté en 2024 que nous allions surfé entre le risque de liquidité, risque de solvabilité et risque de défaut. Pour l’instant nous présentons des pressions de liquidité et nous avons été dégradé 3 fois successives avec des perspectives négatives. Ce qui sous entend que nous allons de plus en plus vers le défaut souverain.
La dégradation à Caa1 ne reflète pas une opinion politique, mais une lecture froide des risques structurels.
Même si le gouvernement affirme être « sur la bonne voie », Moody’s se projette sur les perspectives de solvabilité, pas sur les intentions.
La situation reste instable, et sans réformes crédibles, le coût du financement pourrait s’alourdir durablement.
La gravité de la situation actuelle dépasse les compétences des acteurs politiques, elle nécessite de gommer la politique et trouver des solutions durables et structurelles.
