Gestion du Port de Kaolack : Ne sacrifions pas les Chambres de commerce régionales, l’État doit opter la voie de l’affermage entre le PAD et le CCIAK au profit de l’économie locale

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Par Babacar Ndiogou

Ces dernières semaines, des voix se sont élevées pour dénoncer la décision des autorités de retirer à la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Kaolack (CCIAK) et à celle de Ziguinchor (CCIAZ) la gestion des ports, au profit de la Société nationale du Port autonome de Dakar (PAD). Le président des chambres de commerce, mon futur concurrent à la mairie de Kaolack, a exprimé son désaccord avec cette mesure prise par l’autorité. Je le soutiens dans cette démarche, car la reprise de la gestion par Dakar aura un impact financier négatif sur CCIAK et sur notre localité. Il en sera de même pour la CCIAZ. Dès lors, nous appelons l’État du Sénégal d’autoriser au PAD de déléguer l’exploitation commerciale et la maintenance du port de Kaolack à la CCIAK via une convention d’affermage, sur la base d’un cahier des charges structuré, garantissant à la fois l’efficacité de la gestion, la préservation des intérêts du tissu économique local et des retombées économiques pour la région.

Force est de constater que le décret en question n’est pas récent, il a été pris sous le régime précédent. Il s’agit, en l’occurrence, du décret n° 2023-353 du 21 février 2023 transférant la gestion des ports publics du Sénégal à la Société nationale du Port autonome de Dakar. Vraisemblablement, au regard du débat actuel sur la question, son application intégrale sur toute l’étendue du territoire ne serait pas encore effective.

Par ailleurs, les acteurs concernés, au premier chef la CCIAK, jusqu’alors gestionnaire du port de Kaolack, semblent avoir été tenus à l’écart du processus. En tout état de cause, le décret est en vigueur. Récemment, il a été constaté que les travaux de nettoyage de l’infrastructure initiés par le PAD, ainsi que la visite du PCA venant de Dakar sur le site portuaire, ont suscité une vive controverse.

L’organisation, la gestion et l’exploitation des sites portuaires font partie des missions de service public qui relèvent de la responsabilité de l’autorité étatique. Celle-ci peut décider de gérer elle-même les ports ou d’en déléguer la gestion ou l’exploitation à des entités publiques affiliées à l’État ou à des entreprises privées. On ne peut donc pas reprocher à l’État de confier la gestion des ports au PAD. Il convient toutefois de s’interroger sur la pertinence de la décision de retirer la gestion au CCIAK dans le contexte de l’Acte III de la décentralisation, de la territorialisation des politiques publiques et de la création des pôles-territoires (surtout avec la préparation l’Acte IV).

Il faut souligner que la Chambre de commerce a un lien historique avec le port de Kaolack. Durant la période coloniale, il figurait parmi les plus grands ports de l’AOF. Au cours des dernières décennies, une phase marquée par le déclin progressif des activités portuaires s’est amorcée, accompagnée d’un affaiblissement du rôle de cette infrastructure dans l’économie locale. En effet, les installations portuaires, notamment les bâtiments et les hangars, sont devenues vétustes. De plus, le défaut de dragage et les limites de profondeur (tirant d’eau) sur le tracé du fleuve ont freiné l’accès des navires de fort tonnage, contribuant ainsi au recul des activités portuaires.

À l’évidence, la redynamisation des activités du port constituerait un levier essentiel pour accélérer le développement économique et renforcer la lutte contre le chômage dans la région du Sine-Saloum, notamment au niveau du pôle centre. Elle permettrait de stimuler les échanges commerciaux et de favoriser la création d’emplois, sous réserve d’être liée à un modèle économique structuré et durable, capable d’assurer une croissance équilibrée et bénéfique pour l’ensemble du tissu économique de la région. Cela nécessite inévitablement des investissements conséquents de l’État. En effet, le dragage requiert des investissements lourds qui ne peuvent provenir que de l’État ou par le biais d’un partenariat public-privé. Cependant, il faut se rendre à l’évidence que la CCIAK seule ne dispose pas des ressources, ni des possibilités de trouver des financements sans passer par l’État. C’est précisément là que le modèle de l’affermage avec le PAD prend tout son sens.

Dans ce contexte, adopter une démarche stratégique nationale à long terme concernant la mobilisation des ressources pour investir dans les sites portuaires à l’échelle nationale, sous la supervision et la coordination d’un établissement public comme la Société du Port autonome de Dakar, serait une option efficace et pourrait constituer un levier prometteur. Cela étant, pour que les retombées économiques puissent avoir un impact réel à tous les égards au niveau local, il serait préférable de confier l’exploitation commerciale du port à une entité locale comme les CCIA.

Conformément aux objectifs de l’Acte III de la décentralisation, les Chambres de commerce régionales doivent également contribuer à la construction de territoires économiquement viables, compétitifs et porteurs de développement durable. A cet égard, il est essentiel de souligner le rôle des chambres de commerce régionales. Le Sénégal a adopté la loi n° 89-08 du 17 janvier 1989 portant création des Chambres de commerce, d’industrie et d’Agriculture (CCIA) et le décret n° 2003-827 du 10 octobre 2003 fixant les règles d’organisation et de fonctionnement des Chambres de commerce, d’industrie et d’Agriculture (CCIA). (Nous allons pas nous aventurer sur la nouvelle réforme). En effet, avec la loi de 1979, il a été créé une Chambre de commerce et d’industrie dans chaque région administrative du Sénégal afin de répondre aux besoins des entreprises et des commerçants, notamment pour la défense de leurs intérêts. Étant des établissements publics, les CCIA régionales ont pour mission de représenter auprès des autorités publiques et de promouvoir le tissu économique local, tout en participant au développement des activités économiques dans leurs régions. En outre, elles contribuent au développement des compétences des entrepreneurs et peuvent également assurer la gestion et l’exploitation d’infrastructures, telles que des marchés ou des sites portuaires. Ainsi, elles jouent un rôle important dans le dynamisme de l’économie.

En définitive, retirer la gestion du port de Kaolack à la CCIAK aurait des conséquences financières négatives pour l’institution. Sous forme d’un contrat d’affermage accompagné d’un cahier des charges rigoureux, l’État, représenté par le PAD, pourrait confier à un établissement public local, comme la CCIAK, l’exploitation et la maintenance des installations. Le PAD se chargerait quant à lui de la gestion globale, de la mise en concession et des investissements dans les infrastructures portuaires, ainsi que du projet de dragage.

Jappo Yessal Kaolack

 

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