L’exécution budgétaire du Sénégal en 2025 révèle une situation intéressante. Les dépenses sont exécutées dans des proportions globalement satisfaisantes, les salaires sont assurés, les administrations fonctionnent, les subventions sont maintenues et les services publics essentiels continuent de tourner. En apparence, l’État remplit son rôle, il fonctionne. Mais lorsqu’on observe la nature de ces dépenses, une autre question se pose : l’État se transforme-t-il vraiment ?
Fonctionner, c’est maintenir la continuité administrative, assurer les paiements, répondre aux urgences. Se transformer, en revanche, c’est investir dans les infrastructures, améliorer durablement les services publics, moderniser la gestion, digitaliser les processus, renforcer les compétences et préparer l’avenir. C’est faire évoluer l’État vers un modèle plus performant, plus transparent, plus productif. C’est cette dynamique qui permet de créer de la valeur durable.
Or, dans le rapport budgétaire, on constate que les investissements directs réalisés par l’État représentent un volume très faible par rapport au total des dépenses exécutées, moins de 1 %. Cela montre que la plus grande partie des ressources publiques est absorbée par le fonctionnement, et très peu par la transformation. On finance le présent, mais on prépare peu l’avenir.
Dans le management stratégique, on sait qu’un système qui ne consacre pas une partie de ses ressources à sa transformation finit par subir des coûts plus importants à long terme. Cela s’observe dans les entreprises, dans les administrations et même dans les États. Plus on tarde à réformer, moderniser, améliorer les outils, plus les coûts de non-performance augmentent. Cette règle vaut aussi pour le secteur public.
Le débat national ne doit donc pas se limiter à savoir combien l’État dépense, mais à comprendre ce que ces dépenses produisent réellement. Est-ce que l’argent public améliore les écoles, renforce les hôpitaux, modernise l’administration, soutient les territoires, prépare l’économie numérique, facilite la vie des citoyens et crée des conditions favorables pour l’emploi des jeunes ? Si la dépense ne crée pas de valeur durable, elle entretient sans transformer.
Le Sénégal entre dans une période déterminante, avec l’exploitation des ressources énergétiques, les enjeux de digitalisation, d’attractivité économique, de modernisation de l’administration et d’attentes sociales plus fortes. Dans ce contexte, l’État devra évoluer d’un rôle principalement gestionnaire vers un rôle véritablement stratégique, capable d’orienter ses ressources vers la performance, l’impact et la transformation. La question n’est donc plus de savoir si l’État dépense, mais s’il progresse. Une nation n’est pas jugée à la taille de son budget, mais à la capacité de ce budget à améliorer la vie des citoyens.
