Ousmane Sonko, Premier ministre » « Ils (le FMI ) nous ont proposé une restructuration de la dette, ce qui reviendrait à déclarer que le Sénégal est en défaut de paiement, donc en quasi-faillite. Nous avons refusé. Ce serait une humiliation»
La dette extérieure du Sénégal représente environ 74 % de l’encours total de la dette publique. Elle inclut :
- Les eurobonds (≈16 % de la dette totale)
- Les prêts bilatéraux et multilatéraux
- Les titres émis sur les marchés internationaux
- Les dettes commerciales et garanties
Vous voyez que la baisse des eurobonds cache autre chose: N’est il pas un moyen de pression ?
En effet regarder cette illustration pour que vous compreniez :
Exemple financier – Provisionnement d’un portefeuille de dette sénégalaise
Soit un investisseur étranger, par exemple un établissement financier détenant 200 millions d’euros de dette extérieure sénégalaise (eurobonds, prêts , etc.). Si le Sénégal entre en restructuration volontaire, ou si les agences de notation dégradent sa solvabilité, les créances peuvent être reclassées en actifs à risque selon les normes comptables (IFRS 9).
Conséquences immédiates :
- Le portefeuille passe en stage 3 : provisionnement sur la totalité de l’exposition nette.
- L’établissement financier doit enregistrer une perte comptable immédiate pouvant aller jusqu’à 200 M€, selon les perspectives de recouvrement.
- Cette perte réduit le résultat net, dégrade les ratios de solvabilité, et peut affecter la notation interne de l’institution.
Illustration d’impact :
- Avant reclassement : dette valorisée à 200 M€, aucun impact.
- Après reclassement : provision de 180 M€, valeur nette comptable = 20 M€.
- Si le Sénégal restructure et respecte les nouveaux termes pendant 6 mois, la dette peut être reclassée en actif sain → reprise de provision, gain comptable immédiat, amélioration du bilan.
En résumé : la proposition du FMI a d’énormes avantages pour les investisseurs étrangers
Enjeux stratégiques
- Pour les investisseurs : la restructuration est une opportunité de limiter les pertes comptables et de restaurer la valeur de leurs actifs.
- Pour le Sénégal : elle représente un coût différé élevé, une perte de souveraineté financière, et un risque de réputation.
Conclusion
La restructuration de la dette sénégalaise est techniquement bénéfique pour les créanciers étrangers, mais politiquement et économiquement sensible pour le Sénégal. Le choix du gouvernement de ne pas restructurer pourrait peut être s’inscrire dans une logique de souveraineté, de responsabilité budgétaire et de rupture avec les pratiques passées.
Abo GAYDEL
