Par Moussa Bèye
La question de la démission d’un PM peut se poser face à une situation de dégradation voire de détérioration du climat politique, des relations personnelles, de tensions économiques et sociales … autant de facteurs qui peuvent le suggérer. Cette question a été réglée en France depuis très longtemps. D’abord par l’article 8 de la constitution qui stipule que « Le président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions ».
Ainsi rédigé, cet article ne règle pas entièrement la question et laisse entrevoir quelques difficultés dans la pratique. Et pour éviter tous ces soucis complexes d’interprétation, d’application, notamment en cas d’incompréhension, de différence d’appréciation et où d’orientation politique par exemple, d’incompatibilité d’humeurs, ou que sais-je encore, la pratique a su instaurer certains usages républicains, le but est d’éviter tout conflit pouvant ouvrir la voie à un blocage des institutions.
Ainsi et pour éliminer toute ambiguïté, et éviter toute paralysie des institutions il est d’usage que le Président de la République demande à son Premier ministre préalablement à sa nomination de lui faire signer sa lettre de démission sur laquelle, seule la date reste à inscrire. Des humoristes français s’en étaient donné à coeur joie en parlant à de la démission du Premier ministre Jacques au président Valéry-Giscard d’Estaing, que ce dernier avait fait convoquer son PM pour lui tendre cette fameuse lettre en lui disant Monsieur le Premier ministre, je vous remercie pour votre démission …
Cette pratique, utilisée par le Général de Gaulle lui-même et que certains de ses successeurs ont conservé. Un usage qui a trouvé ses limites en période de cohabitation où là également le président a les mains liées si on reste dans l’esprit républicain et surtout dans une démarche de respect de la volonté des électeurs et de la nouvelle majorité. Même si le président de la République garde ses prérogatives de nomination du Premier ministre, celles de le démettre restent encore perplexes si ce dernier ne présente pas sa démission. Et c’est d’ailleurs dans cette période qu’un premier ministre français trouve la plénitude de ses fonctions et attributions.
Pour revenir à Jaques Chirac, il a bien déclaré par la suite « Je ne dispose pas des moyens que j’estime nécessaires pour assurer efficacement mes fonctions, et dans ces conditions, j’ai décidé d’y mettre fin ». En bon politicien, il a repris très vite la main pour créer sa formation politique le RPR, aller chercher le suffrage des parisiens d’abord, remporter la mairie de Paris et surtout devenir ce visage incontournable du paysage politique français pendant des décennies.
Montréal ce 16-11-2025
