Sidy BA : La campagne se déroule de manière très timide. De mémoire de producteur, je crois que je n’ai jamais vu une campagne aussi mal partie. Surtout que cette année, on a eu une bonne production d’arachides, comparée aux deux dernières années. La production a été au rendez-vous. Le problème qu’on a, c’est l’écoulement des graines. Le prix, 305 francs Cfa, agréé les paysans bien sûr, mais n’agrée pas les huiliers et certains opérateurs qui sont impliqués dans la commercialisation des graines.
On voit dans certaines vidéos sur Facebook des producteurs qui bradent leurs productions. C’est la réalité ou c’est des fake News?
Les vidéos qui circulent à travers Facebook, c’est la réalité. Vous allez au niveau des usines, celles de Kaolack par exemple, des centaines de camions sont garés là-bas. Ils veulent décharger, mais ils ne peuvent pas le faire. Donc, la campagne ne fonctionne pas correctement comme on le voudrait. On aurait souhaité qu’il y ait des points de collecte fonctionnels, que les opérateurs privés stockeurs, qui sont un maillon de la chaîne, puissent rentrer dans leurs fonds et descendre au niveau des villages, au niveau des points de collecte, qui leur sont attribués, pour acheter les graines. Mais ce n’est pas le cas. C’est quelques rares, rares, rares opérateurs qu’on peut compter du bout des doigts.
Ils ont ouvert quelques points, mais, avec la lenteur au niveau des déchargements et des usines, ils peinent à envoyer les graines au niveau de ces unités. En plus, pour dire vrai, pour le moment, il y a que la Sonacos qui est là. Les autres huiliers ne sont pas encore impliqués. C’est ce qu’on est en train de vivre. Il n’y a qu’un seul acheteur, la Sonacos, qui ne peut pas absorber toute la production de cette année. Elle s’est positionnée pour acheter 250 mille tonnes. Et 250 mille par rapport aux prévisions de récolte, c’est une sinécure.
Que faut-il faire, selon vous?
Il faudrait ouvrir le marché à d’autres et revoir à la baisse la taxe à l’export. Une fois ces choses faites, peut-être que les choses vont rouler comme sur des roulettes. Il faudrait aussi payer les opérateurs qui réclament entre 50 et 55 milliards parce qu’ils sont un maillon important de la chaîne.
S’ils n’ont pas leur argent, ils ne peuvent pas lever des fonds au niveau des banques et ils ne pourront jamais acheter les graines des paysans. C’est ça le problème. Et ce qu’il faudrait faire aussi c’est que, comme l’Etat a racheté la Sonacos, qu’il lui remette assez d’argent pour, une fois que les camions arrivent au niveau de l’usine, qu’elle applique le système carreau-usine. Un camion ne doit pas faire plus de 72 heures sans décharger. Aujourd’hui, il semble qu’il y a des camions qui ont fait là-bas une semaine à 10 jours sans pouvoir décharger. Et ces camions transportent les graines. Les paysans qui ont fait confiance aux opérateurs leur ont remis leurs graines, ces derniers leur ont remis des papiers. Et le phénomène des bons impayés est apparu cette année. Et le phénomène du Mbappatt qu’on avait déjà oublié, est en train de refaire surface.
Le prix fixé à 305 francs n’est pas appliqué. Les paysans vendent leurs graines entre 225, 250, 275 francs. C’est ça le problème. Et il me semble que ce prix était en discussion au niveau du Cenia, il devait être homologué par le gouvernement en Conseil des ministres. Et cette étape-là aussi n’a pas été faite. Les huiliers attendent que la compensation de 80 francs, qui est la différence du prix au producteur et le prix réel, leur soit versée pour démarrer la campagne de commercialisation. Mais comme je l’ai dit tantôt, de mémoire de paysans, je n’ai jamais vu une campagne de commercialisation aussi mal partie. Il n’y a pas d’argent dans les campagnes. Les paysans sont dans l’expectative. Aujourd’hui, même si tu peux vendre un agneau, si tu n’as pas d’argent, tu vas le brader à vil prix. Que ce soit pour le mil, l’arachide ou les autres spéculations, c’est la même chose. Et probablement pour le maïs. La vie est très difficile.
Etes-vous favorable à la venue des acheteurs étrangers
Il faut qu’ils viennent, comme les huiliers ne peuvent pas tout acheter. Comme je l’ai dit tantôt, ils doivent revoir la taxe à l’exportation. Quand on préserve le capital semencier du pays et qu’on mette hors circuit les semences écrémées et les subventions de l’Etat, les exportateurs ont leur place dans l’achat des graines au Sénégal. Cela peut permettre aux paysans de vendre leurs graines à des prix plus ou moins rémunérateurs, au lieu de les vendre entre 225 et 250. En plus, il y aura moins de files d’attente au niveau de l’usine qui achète des graines. Nous sommes largement favorables à la venue des étrangers.
