Par ELIASSE BASSENE
Macky Sall a voulu jouer au grand homme d’Etat depuis New-York, en marge de la 80ème Assemblée générale des nations Unies. Face aux caméras, il a tenté de donner des leçons de gouvernance, en osant même se comparer au tandem Diomaye-Sonko. Il a explicitement laissé entendre qu’il connaissait bien « ses priorités dès le premier jour de sa prise de fonction en tant que président de la République du Sénégal » parce qu’il avait occupé de hautes fonctions avant d’accéder à la magistrature suprême. Une affirmation sans fondement, une opération de communication cousue de fil blanc, qui cache mal ses véritables priorités en 2012, et ses errements économiques et politiques qui ont lourdement hypothéqué l’avenir du Sénégal. Un tour d’horizon de l’œuvre politique du président Macky Sall, nous permettra sans doute de déceler que, derrière cette posture d’homme « expérimenté », se cache une vérité crue : Macky fut un Sall président de traque, de renoncement et de répression.
Priorité numéro un : la vengeance, pas le peuple
Dès son arrivée au pouvoir, Macky Sall n’a pas mis l’accent sur
l’éducation, la santé, ou l’emploi des jeunes. Non. Sa première
priorité fut l’activation avec une célérité déconcertante et
l’instrumentalisation outrancière de la Cour de Répression de
l’Enrichissement Illicite (CREI), pour solder et régler des comptes
politiques. Résultat : une liste noire de 25 dignitaires du régime du
président Abdoulaye Wade, tous frappés d’interdiction de sortie du
territoire, avec 25 commissions rogatoires lancées à l’étranger pour
traquer leurs biens. Même le président Abdoulaye Wade son
prédécesseur, a vu son patrimoine immobilier confisqué, ses avoirsbancaires bloqués, son salaire d’ancien président gelé. Ce n’était pas
la justice, c’était la vendetta. Voilà une des « priorités » de Macky Sall
en 2012.
Du Yoonu Yokuté à la mascarade PSE
Elu sur la base d’un programme de gouvernance dénommé Yoonu
Yokuté, Macky Sall, contre toute attente, va vite jeter en poubelle
ledit programme, en l’enterrant définitivement au lendemain de son
installation à la tête du pays. A la place, Un Plan Sénégal Emergent
(PSE) vendu par un cabinet étranger à prix de milliards. Une vitrine
clinquante, plaquée sur la réalité sénégalaise, pour séduire bailleurs
de fonds internationaux et FMI. En somme, une arnaque maquillée
en opération de séduction. Car, derrière le vernis du
« développement », se dessinait une logique sournoise de
dépendance accrue.
Un président sans parole
Macky Sall aime se présenter comme un homme de principe. Mais,
dès ses premiers jours à la tête de l’Etat, il a trahi l’un de ses
engagements phares : faire un mandat de 5 ans. Usant de subtilités
juridiques et d’arguties politiques, il a prolongé son bail à 7 ans. Une
manœuvre qui résume son rapport à la parole donnée : une monnaie
sans valeur, révisable, manipulable.
La traque de Sonko et la mise à l’écart des challengers
Macky Sall a radié arbitrairement, un brillant et intègre inspecteur
des Impôts et Domaines, en l’occurrence Ousmane Sonko qui
dénonçait la corruption et les détournements à grande échelle au
sein de l’administration sénégalaise. Plus tard, quand sonko est
devenu un adversaire politique sérieux, redoutable, Macky a lancé
contre lui une traque implacable : arrestations arbitraires,harcèlements judiciaires, blocus économique de la Casamance, sa
région natale. Plutôt que de combattre le mal, Macky a choisi de
bâillonner celui qui l’exposait. Et à la veille de chaque élection
présidentielle, il a sorti l’arme fatale sans ménagement : neutraliser
ses farouches opposants, pour concourir face à des adversaires de
moindre envergure, triés sur mesure.
La répression dans le sang
Le régime de Macky Sall ce n’est pas seulement la compromission
économique, les arrangements à la petite semaine, les scandales
financiers à la pelle, les détournements à ciel ouvert etc. C’est aussi le
sang des innocents. Plus de 80 jeunes sénégalais massacrés, des
centaines de détenus politiques, des manifestations pacifiques
réprimées à balles réelles, des arrestations arbitraires suivies parfois
d’exécutions sommaires. Une presse muselée, des journalistes
intimidés, des médias mis au pas. Macky Sall n’a pas dirigé, il a régné
par la peur.
Le scandale Arcelor Mittal : 2500 milliards
Un autre fait marquant des débuts de Macky Sall à la présidence de la
République du Sénégal : l’abandon du contentieux avec Arcelor Mittal
( le géant indien évoluant dans la sidérurgie et la métallurgie). L’Etat
du Sénégal pouvait réclamer 2500 milliards de Francs CFA. Macky Sall
a préféré une transaction douteuse, n’empochant que 75 millions de
nos maigres francs, sacrifiant ainsi l’intérêt national sur l’autel
d’arrangements obscurs. Voilà un exemple criant de sa gestion dite «
éclairée » qu’il est en train de revendiquer sans coup férir sur les
plateaux de télévision. Le ridicule dans toute sa splendeur !
La dette cachée : le mensonge démasquéDans son interview, Macky Sall a osé affirmer qu’ il « est impossible
de cacher une dette » ; selon lui, la Cour des Comptes, l’Assemblée
nationale et la BCEAO rendent tout camouflage impossible. Sauf que
le FMI, qu’il invoque comme caution, a confirmé l’existence d’une
dette cachée évaluée à 7 milliards sous son régime. Quant à la Cour
des Comptes, ses rapports étaient planqués, dormaient dans les
tiroirs. Et l’ Assemblée nationale sous la coupole de l’APR, n’était
qu’une chambre d’enregistrement, une caisse de résonnance
stridente. Aujourd’hui, Abdourahmane Sarr, actuel ministre de
l’Economie du gouvernement dirigé par le Premier ministre Sonko, a
fini de démontrer que Macky Sall a bel et bien dissimilé des
paiements directs effectués à l’étranger, omis des décaissements
extérieurs et trafiqué les déficits rapportés. Voilà la réalité derrière
ses dénégations.
L’expérience ? Non, le passif d’un fossoyeur
Macky Sall se vante d’avoir été tour à tour, ministre, Premier ministre,
président de l’Assemblée nationale. Mais une expérience sans
résultats probants, n’est qu’un vernis. Et, dans le cas de Macky Sall,
elle se résume à un passif très lourd : des promesses trahies, des
milliards dilapidés, des jeunes massacrés, des opposants bâillonnés,
une nation endettée jusqu’au coup, un pays parmi les vingt cinq
nations les plus pauvres de la planète.
Macky Sall n’écrira pas l’histoire, il en portera la honte
Macky sall rêve aujourd’hui de devenir le Secrétaire général de l’ONU.
Mais un homme qui a gouverné par la traque, le mensonge, et le sang
n’écrira pas l’histoire à l’international. Il portera au contraire la
marque indélébile d’un régime qui a broyé ses jeunes, étouffé ses
libertés et bradé ses richesses. Le Sénégal se souvient ; et aucun
discours new-yorkais ne pourra effacer ce bilan. Macky Sall a beauchercher à redorer son image nationale, son ambition ultime
d’incarner un leadership international se heurtera violemment aux
balafres et au caractère simiesque de son désastreux bilan à la tête
