Par ELIASSE BASSÈNE
Il y a des mensonges qu’une toge, fut-elle parisienne, ne saurait maquiller. En affirmant lors d’une conférence de presse, tenue ce jeudi à Dakar qu’il ” n’existe pas une dette cachée au Sénégal, mais des rapoorts cachés” Maître Olivier Sur, l’avocat français du président déchu Macky Sall, n’a pas seulement insulté l’intelligence du peuple sénégalais, il a surtout craché sur la vérité, sur les faits, et sur la mémoire d’une décennie de prédations étatiques.
Non Maître Sur! La dette cachée n’est pas une invention. Elle a été documentée, chiffrée, vérifiée. Les rapports de la Cour des Comptes qui les pointaient du doigt ont bel et bien été produits sous le régime de Macky Sall, mais tenus sous scellés par le principal intéressé lui-même. Pendant trois longues années, le Sénégal est resté sans publication de rapport de la Cour des Comptes. Trois années d’omerta budgétaire.
Trois années de mensonge d’Etat. Pourquoi?
Parce que ces rapports mettaient à nu une gestion opaque, nébuleuse, mafieuse des finances publiques. Parce qu’ils révèlaient que la dette publique sénégalaise, sous-évaluée à dessein, servait avant tout à entretenir un système de connivence, d’enrichissement personnel et de clientélisme politique. Et voici que ses avocats, sortis du bois, pour tenter une opération désespérée de blanchiment moral. Une entreprise de désinformation savamment orchestrée pour semer le doute et installer la confusion au sein de l’opinion nationale et internationale. Une diversion grossière, au moment même où le FMI ( ce n’est pas rien), a reconnu publiquement l’existence d’une dette cachée au Sénégal.
Faut-il donc que Maître Sur se rende à Washington pour aller ” corriger” le FMI? Ou pour leur expliquer que les documents officiels qu’ils ont consultés n’étaient que de simples mirages comptables? La vérité est têtue: le scandale de la dette cachée porte la signature balafreuse de Macky Sall. C’est son héritage le plus lourd, celui qui aujourd’hui étrangle la marge de manoeuvre budgétaire du tandem Diomaye-Sonko, contraint de redresser un pays exsangue, pillé jusqu’à la moelle. Macky Sall a gouverné comme un prédateur, non comme un bâtisseur. Il a menti, volé, détourné, hypothéqué l’avenir du Sénégal au profit de son clan. Et quand il n’étouffait pas les rapports financiers, il faisait taire les voix discordantes: journalistes, opposants, membres de la société civile, tous victimes d’un régime violent, sanguinaire qui aura laissé derrière lui plus de 80 morts, des prisons pleines et une presse bâillonnée.
Aujourd’hui, l’ancien président tente de se refaire une virginité internationale, parfumée au mensonge et au cynisme, rêvant d’un.poste onusien comme si les Nations Unies pouvaient oublier la puanteur et le caractère nauséabond de ses forfaits. Mais qu’il se détrompe: la communauté internationale a la mémoire trés longue, et le peuple sénégalais, lui, n’est pas prêt à ravaler ses vomissures en réhabilitant politiquement un adepte du mensonge, de la manipulation et du reniement, que des robes noirs cherchent à faire paraître sous les oripeaux d’un ange de vertu.
Le Sénégal a payé trop cher pour que l’histoire soit réécrite par une bande d’avocats grassements rémunérés. Macky Sall ne mérite ni les salons feutrés de Marrakech, ni les fauteuils capitonnés des institutions internationales. Sa place est dans les livres noirs de la République, et plus encore, dans les geôles de Rebeuss, où finissent ceux qui ont trahi la confiance du peuple. Non, Maître Sur! Ce n’est pas un rapport caché que vous défendez: c’est un régime de la dissimulation, des détournements à ciel ouvert, du maquillage des chiffres. Et le temps de la vérité, lui, n’a plus besoin d’avocat: il rend justice.
