CHRONIQUE DE BBF- OUVERTURE DES JOJ DAKAR 2026: QUI NE VOULAIT PAS ÊTRE SÉNÉGALAIS ?

à la une Politique

Par Babou Biram FAYE

Certaines soirées dépassent le cadre d’un événement. Des instants où un peuple se découvre autrement, où une nation se regarde dans le miroir de son histoire et où le monde, soudain, est obligé de revoir ses certitudes. Le samedi 31 octobre 2026, au stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio, le Sénégal a vécu l’une de ces soirées exceptionnelles.

Lorsque le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a officiellement, déclaré ouverts les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, ce n’est pas, seulement, une compétition sportive qui a commencé. C’est une page inédite de l’histoire olympique, africaine et sénégalaise qui s’est écrite sous les yeux du monde.

Pour la première fois, l’Afrique accueille un événement sportif olympique. Et c’est le Sénégal, notre Sénégal, qui a eu l’honneur, la responsabilité et l’audace de porter cette ambition continentale.

Alors, au lendemain de cette cérémonie grandiose, une question me vient naturellement à l’esprit :*QUI NE VOULAIT PAS ÊTRE SÉNÉGALAIS ?*

Qui, devant cette démonstration de créativité, d’hospitalité, de savoir-faire et de dignité, aurait encore voulu échanger sa nationalité contre une autre ? Qui, devant la beauté de notre culture et l’énergie de notre jeunesse, n’aurait pas éprouvé ce sentiment profond d’appartenance à une nation qui sait se dépasser lorsque l’histoire lui donne rendez-vous ?

La question est, volontairement, provocatrice. Elle ne vise personne en particulier. Elle interpelle plutôt notre conscience collective, notre rapport à la patrie et notre capacité à reconnaître nos propres mérites sans attendre que le monde nous les confirme.

*LE TEMPS D’UNE SOIRÉE, DIAMNIADIO A ÉTÉ LA CAPITALE OLYMPIQUE DE L’AFRIQUE*

Il fallait voir le stade Abdoulaye-Wade illuminé, les délégations défiler, les couleurs nationales se mêler et les visages des jeunes athlètes exprimer cette émotion particulière de ceux qui participent à un rendez-vous appelé à entrer dans l’histoire.

Il fallait surtout comprendre la portée symbolique de cette cérémonie. Pendant des décennies, les grandes manifestations olympiques ont été organisées loin de l’Afrique. Notre continent était souvent réduit, dans les imaginaires internationaux, à ses difficultés, à ses crises, à ses vulnérabilités économiques et à ses défis de développement.

Ce 31 octobre 2026, le Sénégal a contribué à déplacer le regard. Aujourd’hui, l’Afrique n’est plus seulement un continent dont on parle. Elle devient un continent qui accueille, qui organise, qui crée, qui innove et qui reçoit le monde….avec ses propres codes, sa propre sensibilité et son inimitable hospitalité.

Dakar 2026 n’est donc pas une simple étape dans le calendrier sportif international. C’est un événement de portée historique qui affirme une vérité essentielle : l’Afrique a toute sa place dans l’organisation des plus grandes manifestations mondiales.

Et le Sénégal a pris sa part de cette histoire. Ce mérite ne doit être ni minimisé, ni confisqué. Il appartient à la Nation tout entière. Il nous a permis de brandir *LA TÉRANGA SÉNÉGALAISE, NOTRE PLUS BELLE CARTE DE VISITE*  Ce qui a, particulièrement, marqué cette cérémonie, c’est la manière dont le Sénégal a choisi de se présenter au monde.

Pas en reniant son identité. Pas en cherchant à imiter, mécaniquement, d’autres modèles. Mais, en puisant dans ses racines, ses traditions, ses rythmes, ses danses et sa capacité à faire dialoguer l’héritage et la modernité.

La cérémonie a mobilisé plus de mille 100 artistes et interprètes, dont 628 danseurs. Près de mille 500 costumes ont été confectionnés, localement, mobilisant des artisans et des professionnels sénégalais de la création. La scène olympique est ainsi devenue une vitrine du talent national et de la richesse de notre économie culturelle.

Les rythmes de Baaba Maal, de Kiné Lam, de Souleymane FAYE et de Daara J Family, les expressions contemporaines, les percussions de la famille de feu Doudou Ndiaye Coumba Rose, les danses traditionnelles et le spectaculaire Bakku des lutteurs, ont contribué à raconter un Sénégal vivant, fier de son patrimoine et résolument tourné vers l’avenir.

Les 54 pays africains ont, également, été célébrés dans un tableau symbolique consacré à l’unité du continent.

Quel message !

Nous sommes différents par nos langues, nos histoires, nos traditions et nos trajectoires. Mais, nous pouvons nous retrouver autour d’une ambition commune : faire de l’Afrique un espace de création, de fraternité, d’excellence et d’espérance. Voilà ce que le Sénégal a offert au monde : une Afrique qui ne demande pas la permission d’exister, mais, qui affirme sa présence par la force de son talent.

La Téranga n’est pas un simple argument touristique. Elle est une philosophie sociale, une manière d’accueillir l’autre sans renoncer à soi-même. Elle est, cette capacité à ouvrir sa maison, à partager son repas et à faire de l’étranger un hôte. À Diamniadio, cette tradition a rencontré l’universalisme olympique. Et la rencontre fut belle.

LE TRIOMPHE D’UNE JEUNESSE QUI REFUSE LES LIMITES

Derrière les lumières, les costumes, les chorégraphies et les applaudissements, il y a le véritable cœur de ces Jeux : la jeunesse. Environ 2 mille 6 cent 50 jeunes athlètes venus de 204 comités nationaux olympiques, ainsi que de l’équipe olympique des réfugiés, prennent part à cette aventure. Ils ont entre 14 et 17 ans. Ils portent des rêves, des sacrifices, des ambitions et parfois des histoires personnelles, d’une remarquable intensité remarquable.

Pendant quelques jours, Dakar, Diamniadio et Saly seront leurs terrains d’expression, leurs lieux de confrontation sportive et leurs espaces de rencontre. Ils viennent pour gagner des médailles, certes. Mais, ils viennent aussi apprendre, découvrir, se dépasser et tisser des liens qui peuvent durer bien au-delà des compétitions. C’est là toute la noblesse de l’olympisme : apprendre à gagner sans humilier, à perdre sans renoncer, à rivaliser sans se détester.

Pour la jeunesse sénégalaise, l’enjeu est immense. Voir des athlètes du monde entier évoluer sur notre sol, observer leur discipline et leur préparation, découvrir d’autres cultures et mesurer le niveau de l’excellence internationale peut susciter des vocations. Un enfant qui assiste aujourd’hui à une épreuve sportive peut devenir demain un champion. Une jeune fille qui découvre une discipline jusque-là inaccessible à ses yeux peut y trouver sa voie. Un bénévole qui participe à l’organisation peut découvrir un métier, une compétence et une ambition professionnelle.

C’est pourquoi, nous devons regarder ces Jeux au-delà du tableau des médailles. Leur réussite se mesurera également à leur capacité à inspirer, à former, à inclure et à ouvrir des horizons à nos jeunes. Une nation qui investit dans sa jeunesse investit dans sa souveraineté future.

Cependant, il serait injuste de raconter cette ouverture sans évoquer le rôle institutionnel du chef de l’État.BASSIROU DIOMAYE FAYE qui est LE PRÉSIDENT D’UN RENDEZ-VOUS HISTORIQUE. En proclamant officiellement ouverts les JOJ Dakar 2026, le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a accompli un acte qui dépasse la dimension protocolaire. Il a incarné la continuité de l’État et l’engagement de la République dans un rendez-vous dont la préparation s’est étendue sur plusieurs années.

Recevoir le monde au nom du Sénégal exige davantage qu’un discours. Cela suppose une mobilisation des institutions, une coordination des acteurs, une capacité d’anticipation et une responsabilité à la hauteur de l’événement. Le chef de l’État a ainsi porté la parole d’une nation qui accueille les jeunes du monde entier et affirme sa volonté de contribuer au dialogue entre les peuples par le sport. Cette dimension institutionnelle mérite d’être soulignée avec sérénité.

Les grands événements nationaux ne doivent pas devenir des propriétés partisanes. Lorsqu’un pays réussit, la réussite appartient à tous ses citoyens. Lorsqu’il est représenté sur la scène internationale, c’est son drapeau qui flotte au-dessus des divergences. Dakar 2026 doit nous rappeler cette évidence républicaine : *”les institutions passent les épreuves du temps lorsque chacun accepte de placer l’intérêt national au-dessus des intérêts particuliers”.*

Le Sénégal a besoin de cette hauteur de vue. Il a besoin d’unité dans ses ambitions, de cohérence dans ses politiques publiques et de continuité dans les projets structurants.

*Et DERRIÈRE LE SPECTACLE, IL Y A DES FEMMES ET DES HOMMES À HONORER*

Une cérémonie de cette dimension ne s’improvise pas. Derrière les images spectaculaires, il y a des mois de préparation, des équipes techniques, des artistes, des techniciens, des couturiers, des chorégraphes, des ingénieurs, des agents de sécurité, des personnels de santé, des volontaires et des milliers de contributions souvent invisibles aux yeux du grand public. Il y a également le travail des organisateurs, des responsables sportifs, des institutions publiques, des partenaires et de toutes celles et de tous ceux qui ont contribué à rendre cette ambition possible.

Le Comité international olympique, sous la présidence de Kirsty Coventry, a lui-même salué la portée historique de cette première africaine et l’engagement des Sénégalais. La présidente du CIO a notamment exprimé sa fierté de voir le continent accueillir pour la première fois le mouvement olympique à travers un événement sportif de cette envergure. Cet hommage international a une valeur particulière : il souligne la dimension collective de la réussite.

Nous devons donc saluer tous les acteurs de cette organisation, sans effacer les responsabilités individuelles et sans confondre reconnaissance nationale et absence d’exigence. Le mérite appelle la reconnaissance. La responsabilité appelle l’évaluation. Les deux ne sont pas contradictoires.

Il faudra, au terme des Jeux, dresser un bilan rigoureux de l’organisation, de la mobilisation des ressources, des dépenses engagées, de la participation des entreprises nationales et des retombées économiques et sociales. Mais, cette exigence de transparence ne doit pas servir de prétexte pour nier, avant même le bilan final, la portée historique du rendez-vous. On peut demander des comptes tout en reconnaissant les réussites. On peut exercer son esprit critique sans renoncer à la fierté nationale. C’est même cela, le patriotisme adulte.

*DERRIÈRE LES MÉDAILLES, L’OPPORTUNITÉ D’UNE ÉCONOMIE NOUVELLE*

Dakar 2026 offre aussi au Sénégal une occasion de réfléchir à la place du sport dans son modèle de développement. Les Jeux mobilisent des infrastructures, des transports, des services d’accueil, des activités culturelles, des compétences techniques, des métiers de la communication et des chaînes de production locales. Ils peuvent contribuer à promouvoir le tourisme, à valoriser les destinations sénégalaises et à donner une visibilité internationale à nos entreprises.

Mais, une telle opportunité ne devient un véritable succès économique que si les retombées sont durables. Nos artisans doivent pouvoir bénéficier de nouvelles commandes. Nos jeunes professionnels doivent acquérir des compétences réutilisables. Nos entreprises doivent pouvoir accéder à de nouveaux marchés. Nos fédérations doivent disposer d’un environnement plus favorable à la détection et à l’accompagnement des talents.

Les infrastructures construites ou aménagées doivent être entretenues, utilisées et ouvertes, dans des conditions appropriées, aux générations futures. Il serait dommage que l’enthousiasme de ces journées se dissipe sans laisser derrière lui un héritage concret.

Le véritable succès de Dakar 2026 ne se mesurera donc pas uniquement à la beauté de la cérémonie d’ouverture. Il se mesurera aussi à ce qui restera après la dernière épreuve : des équipements fonctionnels, des emplois, des compétences, des vocations et une pratique sportive plus accessible. L’événement doit être une rampe de lancement, pas une parenthèse enchantée.

*L’AFRIQUE A REGARDÉ LE SÉNÉGAL. LE SÉNÉGAL DOIT MAINTENANT REGARDER SON AVENIR.*

Il existe une leçon plus profonde encore dans cette ouverture. Pendant longtemps, les Africains ont été habitués à admirer ailleurs ce qu’ils pensaient difficilement réalisable chez eux. Nous avons parfois fini par intérioriser l’idée que les grands rendez-vous appartenaient naturellement aux autres, tandis que notre rôle consistait à applaudir à distance. Dakar 2026 vient bousculer cette perception. Oui, le Sénégal peut accueillir le monde. Oui, ses artistes peuvent émerveiller. Oui, ses jeunes peuvent se mesurer aux meilleurs.

Oui, ses professionnels peuvent contribuer à une organisation de dimension internationale. Mais, la fierté ne doit pas devenir de l’autosatisfaction. Si nous sommes capables d’organiser un rendez-vous olympique, nous devons aussi être capables d’améliorer durablement nos écoles, nos universités, nos hôpitaux, nos transports et notre cadre de vie.

Si nous savons accueillir des milliers de visiteurs, nous devons continuer à travailler pour offrir à nos propres citoyens des services publics plus efficaces. Si nous savons mobiliser les énergies autour d’un événement exceptionnel, nous devons pouvoir reproduire cette capacité collective face aux défis quotidiens de l’emploi, de la formation, de l’environnement et de la cohésion sociale.

Les JOJ ne règlent pas tous nos problèmes. Ils nous montrent cependant que la mobilisation, l’organisation, la méthode et la volonté peuvent ouvrir des possibilités que nous pensions hors de portée. La fierté nationale n’est véritablement féconde que lorsqu’elle se transforme en exigence collective.

*QUI NE VOULAIT PAS ÊTRE SÉNÉGALAIS ?*

Revenons à cette question qui donne son titre à notre chronique. Qui ne voulait pas être Sénégalais, en voyant notre pays accueillir le monde avec cette générosité ? Qui ne voulait pas être Sénégalais, en voyant notre culture dialoguer avec les expressions artistiques contemporaines sans perdre son âme ? Qui ne voulait pas être Sénégalais, en voyant des jeunes de plusieurs dizaines de nations se retrouver sur notre sol autour d’une même passion, celle du sport ?

Qui ne voulait pas être Sénégalais, en comprenant que cette première olympique africaine ne représente pas seulement un honneur pour Dakar, mais, une promesse pour tout un continent ? La question n’est pas de savoir si le Sénégal est supérieur aux autres nations. Le patriotisme n’a nul besoin de mépriser autrui pour s’affirmer. La question est plutôt de savoir si nous sommes capables d’aimer notre pays avec lucidité, de reconnaître ses réussites, de corriger ses insuffisances et de contribuer à son progrès.

Être Sénégalais, n’est pas seulement brandir un drapeau lorsque le monde nous regarde. C’est aussi respecter les biens publics, servir, honnêtement, la collectivité, défendre la dignité de chaque citoyen et croire au potentiel de notre jeunesse. C’est accepter que les réussites nationales nous rassemblent, même lorsque nos opinions nous divisent. C’est comprendre que le Sénégal est plus grand que nos querelles, plus durable que nos ambitions personnelles et plus précieux que nos calculs politiques.

Le 31 octobre 2026, à Diamniadio, le Sénégal n’a pas seulement ouvert les Jeux olympiques de la jeunesse. Il a ouvert une fenêtre sur ce qu’il peut accomplir lorsqu’il transforme son identité en force, sa jeunesse en énergie et son hospitalité en rayonnement international. À présent, le défi est de faire durer cette lumière. Que les JOJ inspirent nos jeunes, renforcent notre confiance collective, stimulent notre économie et laissent à l’Afrique un héritage digne de ses ambitions. Que nos divergences ne nous empêchent jamais de célébrer ce qui honore la République. Et que cette première historique nous rappelle, chaque fois que le doute nous gagne, que le Sénégal n’est pas condamné à regarder les autres écrire l’histoire. Il peut aussi en être l’auteur. Alors, oui, au lendemain de cette cérémonie historique, je revendique avec fierté mon appartenance à cette nation de Téranga, de culture, de courage et d’espérance.

*QUI NE VOULAIT PAS ÊTRE SÉNÉGALAIS ?*

Moi, en tout cas, en cette soirée du 31 octobre 2026, j’aurais eu du mal à ne pas l’être davantage.

Babou Biram FAYE

JOURNALISTE COMMUNICANT

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