Abdoul Mbaye: «Le remboursement de tous ces prêts creusera le déficit de la balance des paiements extérieurs»

Eco-Finance

Le Fmi a approuvé un crédit en DTS d’un montant de 350 milliards de Cfa. Ce crédit vient s’ajouter à de nombreux autres. N’est-ce pas inquiétant pour la reconstitution de la dette ?

Il est certain que ces nouvelles facilités de crédit obtenues vont accroître le stock global de la dette sénégalaise, et en particulier sa dette en devises. Ceci étant dit, il s’agit d’un endettement particulier qui a pour objet de faire face à des chocs externes par la mise à disposition de ressources en devises permettant de contrebalancer un déficit de la balance des paiements.

La Facilité de crédit, qui en est une des composantes, est obtenue à des conditions très avantageuses puisque à taux 0 avec un remboursement qui peut s’étaler à partir de la cinquième année avec un terme à dix ans. La part reçue au titre de l’Accord de confirmation est par contre un peu plus contraignante en termes de taux et de durée.

Au total, la dette s’accroît puisqu’il ne s’agit pas de subventions dès lors que les DTS dont on a pu bénéficier au niveau du FMI sont supérieurs à ceux portés au crédit de notre compte chez lui. Et il faudra surtout veiller à ce que ces ressources nouvelles ne donnent pas lieu à des dépenses qui creuseront de nouveau le déficit de la balance des paiements. Elles devraient donc davantage servir à des dépenses internes plutôt qu’à l’achat d’avions de commandement ou autres dépenses déraisonnables. Car à l’heure des échéances à payer, le remboursement de tous ces prêts et facilités creusera le déficit de la balance des paiements extérieurs.

Je subodore que des anticipations sur les exportations futures de pétrole et de gaz sont prises en compte. Mais cela ne doit pas empêcher la prudence et le souci de privilégier le « buy senegalese », la passation de marchés au profit d’entreprises sénégalaises.

N’est-ce pas aussi un signe de la situation économique difficile du Sénégal ?

Si notre économie avait été particulièrement résiliente, nous n’aurions évidemment pas eu besoin de ces facilités particulières. La situation économique du Sénégal est difficile, même si en partie améliorée par des fausses performances agricoles. Il s’y ajoute que les dépenses qui ont créé des besoins en devises ont souvent été déraisonnables à l’instar de cet avion de commandement que j’évoquais à l’instant, sans oublier tous ces marchés, dont le TER, qui privilégient les importations et les dépenses en devises à l’inverse d’une démarche économique globale qui se montrerait soucieuse d’accorder la priorité à des achats de produits et services nationaux, à des dépenses en FCFA sur le territoire au profit des opérateurs économiques nationaux.

C’est d’ailleurs ainsi, en privilégiant la constitution d’une valeur ajoutée nationale, que l’on crée du PIB, de la croissance et des emplois. C’est seulement ainsi que l’on pourra trouver des solutions réelles et durables au problème de l’emploi au Sénégal.

Mais ce n’est pas encore la démarche retenue par ceux qui nous gouvernent qui doivent prendre conscience que leurs choix de dépenses créent des emplois à l’étranger et en privent le Sénégal.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *