Crise de la dette: Comment le franc Cfa a sauvé le Sénégal

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SÉNÉGAL : LE FCFA A JOUÉ LE RÔLE DE BOUÉE FINANCIÈRE MAIS NE PEUT REMPLACER LES MARCHÉS INTERNATIONAUX*

Les chiffres du Rapport sur la politique monétaire dans l’UMOA – septembre 2026 de la BCEAO illustrent la capacité du système financier régional à soutenir un État confronté à des difficultés d’accès aux capitaux extérieurs. Pour le Sénégal, le marché en francs CFA a incontestablement joué un rôle d’amortisseur. Mais cette expérience montre aussi ses limites : pour financer durablement ses investissements et la Vision Sénégal 2050, le pays devra retrouver l’accès aux financements internationaux de longue maturité.

*Près de 8 000 milliards de FCFA de titres sénégalais : le marché régional a pris le relais*

À fin juin 2026, l’encours des titres publics sénégalais sur le marché régional atteignait 7 909,8 milliards de FCFA, soit environ 22 % des 35 502 milliards de titres publics en circulation dans l’UEMOA. Il comprenait 1 267,7 milliards de bons du Trésor, 3 839,2 milliards d’obligations émises par adjudication et 2 802,9 milliards par syndication. Le Sénégal représente ainsi le deuxième encours de la zone, derrière la Côte d’Ivoire. Ce chiffre mesure concrètement l’utilité de l’intégration monétaire et financière. Ce n’est évidemment pas le billet de FCFA qui finance directement l’État, mais tout le dispositif construit autour de la monnaie commune : BCEAO, banques de l’UMOA, UMOA-Titres et marché financier régional.

Lorsque l’accès du Sénégal aux capitaux étrangers s’est progressivement refermé, le marché régional a donc permis d’éviter une rupture brutale de financement. Le Ministère de l’ Économie et des Finances reconnaît lui-même que la dégradation du profil de risque du pays et la fermeture progressive des marchés étrangers ont conduit l’État à recourir davantage au marché régional de l’UEMOA.  La liquidité du système bancaire a par ailleurs progressé et les conditions monétaires se sont détendues : au deuxième trimestre 2026, le taux interbancaire moyen est revenu à 4,01 %.  On peut donc dire que le FCFA et son système financier ont constitué une véritable bouée de financement pour le Sénégal.

*Une bouée, oui ; un substitut aux marchés internationaux, non*

Cette capacité de soutien ne doit cependant pas conduire à penser que le marché régional peut satisfaire durablement tous les besoins de financement de l’État. Sa principale faiblesse tient aux maturités. Au premier semestre 2026, 52,2 % des obligations émises dans l’UEMOA étaient à trois ans et 29,6 % à cinq ans. Près de 82 % des émissions étaient donc concentrées sur ces deux maturités. Les obligations à dix ans ne représentaient que 4,1 %.  Cette structure raccourcit le profil de la dette et oblige les États à retourner fréquemment sur le marché pour refinancer les échéances.

L’Eurobond 2048 du Sénégal permet de mesurer la différence. En 2018, *Dakar avait levé 1 milliard de dollars à trente(30) ans au taux de 6,75 %* . L’émission avait été cinq fois sursouscrite. Une seconde tranche avait permis de lever 1 milliard d’euros à dix ans au taux de 4,75 %. Le FMI considérait alors ces conditions comme favorables par comparaison avec d’autres émissions africaines.  À titre de comparaison, le rendement moyen des obligations sur le marché régional atteignait 7,23 % au premier semestre 2026, avec 7,52 % à trois ans et 7,18 % à cinq ans.

La comparaison des taux doit toutefois être maniée avec prudence : les conditions internationales de 2018 ne sont pas celles de 2026 et une dette en dollars comporte un risque de change absent d’une dette en FCFA. Mais la comparaison des maturités reste éloquente : jusqu’à trente ans sur les marchés internationaux contre trois à cinq ans pour l’essentiel des émissions régionales actuelles. Les deux marchés ne sont donc pas concurrents mais complémentaires.

*PTDS, FMI et redressement budgétaire : retrouver la crédibilité nécessaire à la Vision 2050*

Le véritable enjeu est désormais de restaurer suffisamment la crédibilité financière du Sénégal pour permettre son retour progressif sur les marchés internationaux.

Le Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS) doit contribuer à améliorer le profil de la dette et à réduire les vulnérabilités financières. De son côté, l’accord conclu au niveau des services avec le FMI le 1er septembre porte sur un programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Il vise notamment le rétablissement de la viabilité des finances publiques et de la dette et demeure soumis à l’approbation de la direction et du Conseil d’administration du Fonds.

Mais ni le PTDS ni le FMI ne suffiront sans un redressement budgétaire crédible. La maîtrise durable du déficit, une meilleure mobilisation des recettes, la rationalisation des dépenses et une gestion rigoureuse de la dette sont indispensables pour réduire la prime de risque du Sénégal et restaurer la confiance des investisseurs.

Ce retour aux marchés internationaux est d’autant plus important que la Vision Sénégal 2050 nécessite des volumes considérables de capitaux et une mobilisation importante du secteur privé national et international. L’Agenda national de transformation prévoit d’ailleurs que deux tiers de son financement devront être mobilisés auprès du secteur privé et insiste sur une gestion dynamique des financements sur les marchés de capitaux.

La leçon est donc claire : le FCFA et son système financier ont permis au Sénégal de tenir lorsqu’une source majeure de financement s’est refermée. Mais une bouée n’a pas vocation à devenir le bateau. Le PTDS, l’accord avec le FMI et un redressement budgétaire crédible doivent permettre au Sénégal de retrouver les marchés internationaux et leurs maturités longues, indispensables au financement de la transformation économique envisagée à l’horizon 2050.

Pr Amath NDIAYE
FASEG-UCAD

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