Par Babou Biram FAYE
Que valent les corps de contrôle si les politiques s’érigent en gendarmes financiers, choisissant les dossiers à examiner selon leurs intérêts et leurs appartenances politiques ? À quoi servent les institutions de contrôle si la reddition des comptes devient un instrument de règlement de comptes ?
Le Sénégal n’a pourtant pas besoin d’une justice des vainqueurs et d’une indulgence pour les alliés. Il a besoin d’une République où les mêmes principes s’appliquent à tous, sans distinction de camp, de fonction ou de proximité avec le pouvoir.
ASER, Caisse des dépôts et consignations (CDC), Port autonome de Dakar, Fonds Jamm pour la paix en Casamance, Conseil économique, social et environnemental, Assemblée nationale elle-même et quoi d’autres…
Les dossiers et les interrogations qui alimentent le débat public sont nombreux. Ils n’ont ni la même nature, ni le même statut juridique, mais, ils posent une question essentielle : pourquoi certains deviennent-ils des urgences politiques quand d’autres semblent relégués au second plan ?
Il ne s’agit pas de condamner qui que ce soit sur la base de simples soupçons. Il s’agit d’exiger que chaque dossier pertinent soit examiné avec la même rigueur, la même impartialité et le même respect des procédures. La transparence ne peut être sélective. La probité ne peut être partisane. Et la reddition des comptes ne saurait être une arme que l’on brandit contre ses adversaires tout en épargnant son propre camp.
Certes, les commissions d’enquête parlementaires sont des instruments légitimes du contrôle démocratique. Mais, elles ne sont ni des tribunaux, ni des machines à condamner. Elles ne doivent pas se substituer à la justice, encore moins transformer l’hémicycle en “Grand Théâtre” de règlements de comptes politiques.
Le Parlement doit enquêter, éclairer et contrôler, dans les limites de ses compétences. La justice doit établir les responsabilités conformément au droit. Quant aux corps de contrôle, ils doivent pouvoir exercer leurs missions avec rigueur et indépendance. Chacun son rôle, chacun ses prérogatives.
Car, le véritable danger est là : à force de choisir les affaires selon les circonstances politiques, on finit par discréditer jusqu’à l’exigence légitime de transparence. À force d’accusations spectaculaires, on banalise les véritables irrégularités. Et à force de transformer chaque dossier en bataille partisane, on éloigne les citoyens de leurs institutions.
Pendant ce temps, le Sénégal réel attend des réponses.
Les parents se préoccupent de l’ouverture des classes. Les ménages suffoquent sous le poids des dépenses quotidiennes et des factures d’eau et d’électricité. Les populations redoutent les inondations. Les paysans cherchent à écouler leurs récoltes à des prix rémunérateurs. Les jeunes attendent des perspectives d’emploi.
Voilà les urgences qui rythment la vie des Sénégalais. Cela ne signifie nullement que la gestion des deniers publics soit secondaire. Bien au contraire : chaque ressource publique mal utilisée, lorsque les faits sont établis, est une ressource qui ne profite pas pleinement à la collectivité. Mais, le contrôle doit produire des résultats, pas seulement des spectacles.
Soit tous les dossiers sont traités selon des critères cohérents, dans le respect des compétences et des procédures, soit l’on cesse de nous servir cette comédie de l’indignation sélective.
La République n’est pas un terrain de chasse politique. Les institutions ne sont pas des propriétés partisanes. Et les citoyens ne sont pas des spectateurs condamnés à applaudir les accusations d’un camp avant de subir les contre-attaques de l’autre.
Assez de calculs, de sélectivité et de procès dans l’opinion avant l’établissement des faits ! Que chaque dossier pertinent soit examiné, que chaque responsabilité soit située, appréciée sur des preuves et que nul ne puisse se croire au-dessus des règles communes.
La reddition des comptes doit être une exigence républicaine, jamais une vengeance politique.
Le Sénégal mérite mieux que des gendarmes financiers autoproclamés et un “Grand Théâtre” délocalisé à l’hémicycle. Il mérite des institutions crédibles, une justice équitable et des responsables publics qui comprennent enfin que la transparence commence par l’application à soi-même des principes que l’on exige des autres.
Halte à la reddition des comptes à géométrie variable !
*Babou Biram FAYE (BBF)*
LA CHRONIQUE DE BBF-
*Pour une République de responsabilité, d’équité et de vérité.*
