Le Premier ministre a l'obligation de se présenter devant la représentation nationale pour exposer les grandes lignes du fameux projet proposé aux Sénégalais. Le moment de cette présentation est certes à la discrétion du Premier ministre mais il ne dispose pas d'un délai illimité pour faire face aux députés. L'esprit de cette disposition constitutionnelle veut qu'avant l'exécution des politiques sectorielles du nouveau gouvernement, dans un délai raisonnable, le peuple soit informé des objectifs par le biais de la représentation populaire.

Le balai politique et l’effet boomerang : les agences publiques prises au piège du système

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Par Babacar Ndiogou

En une seule soirée, plus d’une dizaine de DG et de PCA de l’administration publique et parapublique n’ont pas été épargnés par le fameux balai qui, initialement, était réservé aux gens du système. L’anti-Système est victime de son propre balai!  En effet, on assiste à une véritable purge à la tête des directions et des agences de l’État. C’est un événement inédit dans l’histoire de la politique et de l’administration sénégalaise.

À l’origine, presque toutes les nominations du régime en 2024 s’étaient faites simplement sur la base de l’appartenance politique, car plusieurs de ces personnes remerciées aujourd’hui avaient été nommées en raison de leur proximité avec le nouveau régime. 

Comme le principal critère de nomination à ces postes était politique, il est évident que le Président (PR)  privilégie des personnes qui lui sont proches ou qui appartiennent à son nouveau camp politique. Cela s’inscrit en parfaite cohérence avec le contexte de la naissance de Kiraay et de la discorde entre Pastef et le PR.

Étant aux manettes, Pastef a acquiescé à la désignation des DG & PCA sur la simple base de leur filiation politique ou de leur proximité avec le régime. Lors du débat sur la promesse électorale des appels à candidature, plusieurs membres défendaient l’idée qu’il fallait gouverner et diriger avec ses proches. C’est ce que le PR applique à nouveau, bien qu’il ait défendu le contraire dans l’opposition, à l’instar de ses anciens camarades de Pastef. Ces derniers subissent le retour du bâton. C’est l’effet boomerang! Dès la sortie de Pastef du gouvernement, les DG et PCA n’avaient logiquement plus aucune raison de rester à leurs fonctions. Ils ne devaient même pas attendre d’être remerciés ; ils auraient dû suivre leur propre logique et démissionner à temps.

Par ailleurs, le PM avait annoncé, lors de son DPG du 08 Septembre, que 19 agences seraient supprimées et que sept autres seraient fusionnées pour donner naissance à trois structures. Il est donc illogique de désigner de nouveaux directeurs à la tête de structures qui, probablement dans les mois à venir, seront appelées à disparaître de la cartographie administrative. Ou bien a-t-on renoncé à la rationalisation de ces structures ? Quand débutera donc la restructuration des organismes publics, alors qu’il avait été annoncé qu’elle serait bouclée en novembre prochain ?

En outre, les nominations du Président sont, en vérité, la continuité d’une pratique bien connue des régimes précédents; on utilise les fonctions de DG et de PCA comme des cadeaux destinés à récompenser l’engagement partisan, mais aussi comme une machine à fabriquer une base politique.

Ces postes de direction revêtent un caractère de prébende politique, servant à consolider une base électorale. Cela a été le cas durant tout le régime précédent, et voilà que le nouveau régime perpétue la même recette.

Certes, parmi les personnes nommées, on trouve des experts compétents. Toutefois, la toile de fond politique, particulièrement ostensible, risque d’entraver l’efficacité dans l’exercice de leurs fonctions. En effet, dans le passé, le seul indicateur qui constituait une garantie de maintien à la tête de ces agences était la capacité du directeur général à mobiliser l’électorat dans sa localité. Il est même arrivé de constater, dans plusieurs agences, des recrutements ciblés exclusivement sur la localité d’origine du directeur général. Dès lors, ces pratiques contribuent à transformer les structures publiques en instruments de mobilisation et de fidélisation politiques, au détriment de l’efficacité administrative. Comme l’exercice de la politique dans nos contrées nécessite des moyens financiers et logistiques, il est incontestable que les ressources de l’État soient directement ou indirectement mises à contribution.

La Constitution confère au PR le pouvoir de nommer aux emplois civils et militaires. Le PR est donc parfaitement dans son droit lorsqu’il procède à ces nominations. En soi, rien n’interdit de nommer des alliés politiques. La véritable question n’est toutefois pas celle de la légalité de ces nominations, mais de leur pertinence, de leur opportunité et de leur impact sur l’efficacité et la neutralité de l’administration publique. Il est pertinent lorsqu’il est question de compétence assortie de loyauté, mais il l’est beaucoup moins lorsque la motivation est essentiellement électoraliste.  Le principal obstacle à l’efficacité et à la modernisation de l’administration reste sa politisation à outrance et le clientélisme politique.

Mouvement Jappo Yessal

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