L’économie ; science des choix, un arbitrage mesuré

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Amadou Cheikh NDIAYE

En règle générale, le taux d’intérêt du financement sur les marchés financiers est plus élevé que le coût d’un prêt du FMI, surtout pour un État présentant un risque de crédit important.

Exemple actuel — septembre 2026

Le taux d’intérêt SDR du FMI est actuellement de 2,904 %. Le taux de base de facturation du FMI est de 3,504 %, soit le taux SDR + une marge de 0,60 point. À cela peuvent s’ajouter des surcharges pour les emprunteurs du FMI ayant un niveau d’endettement élevé ou une durée d’emprunt prolongée. Malgré ces surcharges, le FMI indique que le coût effectif de ses prêts reste généralement inférieur au coût d’un financement sur les marchés.

Pourquoi les marchés sont-ils généralement plus chers ?

FMI :​Taux SDR + marge + éventuelles surcharges​    Risque mutualisé
Marchés financiers : Taux de référence + prime de risque du pays​Risque directement supporté par les investisseurs

État très risqué​Forte prime de risque​Taux potentiellement très élevé

Par exemple, un pays comme le Sénégal peut emprunter sur le marché international à un taux comprenant le taux de référence international + une prime de risque souverain. Plus les investisseurs considèrent le pays risqué, plus cette prime augmente. Le FMI est généralement moins cher, mais il est assorti de conditions et d’un programme d’ajustement économique. Le marché est plus coûteux, mais l’État peut en principe emprunter sans programme du FMI.

Prenons un exemple simple : le Sénégal cherche à emprunter 1 000 milliards de FCFA sur 10 ans. Les données récentes montrent un écart important : le taux du DTS du FMI était de 2,904 % au 4 septembre 2026 ; le taux de base du FMI est supérieur à ce taux en raison de sa marge.  Sur le marché régional, une émission du Sénégal en avril 2026 portait par exemple un taux de 6,60 % sur 7 ans et 6,45 % sur 5 ans.  Les rendements des Eurobonds sénégalais ont, eux, atteint des niveaux beaucoup plus élevés, autour de 11–12 % dans le contexte actuel.

1. Comparaison sur 1 000 milliards FCFA

Financement​Taux indicatif​Intérêt annuel sur 1 000 Mds

FMI – taux de base indicatif​≈ 3,5 %​35 Mds FCFA

Marché régional​6,6 %​66 Mds FCFA

Marché international / Eurobond​≈ 11–12 %​110–120 Mds FCFA

Ainsi, à 6,6 %, le Sénégal paierait environ 31 milliards FCFA de plus d’intérêts par an qu’à 3,5 %. Sur 10 ans, dans une simulation très simplifiée à capital constant :

à 3,5 % → environ 350 milliards FCFA d’intérêts ;

à 6,6 % → environ 660 milliards FCFA ;

à 11 % → environ 1 100 milliards FCFA.

Ce calcul est illustratif : il ne tient pas compte de l’amortissement du capital, des commissions, des éventuelles surcharges du FMI ni de la structure exacte des prêts.

2. Ce qui est particulièrement important pour le Sénégal aujourd’hui

Le problème est devenu plus marqué parce que le risque souverain du Sénégal est actuellement jugé très élevé. S&P a abaissé le 4 septembre 2026 la note du Sénégal à CC pour la dette en devises, en estimant qu’une restructuration de la dette commerciale était extrêmement probable. C’est précisément ce qui explique pourquoi le marché exige une prime de risque très élevée, alors que le FMI peut proposer un financement à un coût sensiblement inférieur.

Mais il faut ajouter une nuance fondamentale : le FMI ne prête pas simplement au taux du DTS de 2,904 %. Le coût réel dépend du type de facilité, de la marge, de la durée, des éventuelles surcharges et des conditions du programme. En résumé avec le FMI :coût du crédit plus faible mais tensions inflationnistes élevées

Marchés financiers: coût du crédit plus élevé avec moins de tensions sociales avec la maitrise de l’inflation.

S&P signifie Standard & Poor’s, aujourd’hui appelée S&P Global Ratings. C’est l’une des grandes agences internationales de notation financière, avec Moody’s et Fitch.

Que signifie « CC » ?

L’échelle de S&P va notamment de AAA (qualité maximale) jusqu’à D (défaut).

CC est donc une note extrêmement faible. Elle signifie que S&P considère que l’État présente de très graves difficultés financières et que le risque de non-respect des engagements est très élevé. Dans le cas du Sénégal, S&P estime qu’un échange de dette en situation de détresse ou un défaut sur la dette commerciale extérieure est extrêmement probable. Et cela explique notre comparaison FMI/marchés. C’est précisément ici que la notation S&P est importante :

Risque S&P ↓ → confiance des investisseurs ↓ → prime de risque ↑ → taux d’intérêt exigé par les marchés ↑

Donc, pour le Sénégal, la dégradation à CC rend le financement sur les marchés internationaux beaucoup plus coûteux et difficile, ce qui renforce l’intérêt d’un financement concessionnel ou semi-concessionnel du FMI.

, Professeur de Sciences économiques et sociales au LTC DELAFOSSE

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