Plan de redressement economique et social de Ousmane Sonko: ce que propose le Parti socialiste

Sénégal-Investissement: attirer les capitaux, oui mais pour produire quoi, où et avec quelles retombées ?

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Le Sénégal a besoin de capitaux. Il a besoin d’investissements nationaux comme étrangers. Il a besoin d’entreprises qui prennent des risques, créent de l’activité, embauchent et produisent. Sur ce point, il faut sortir des faux débats. Dans la situation économique et financière que traverse notre pays, nous ne pouvons pas prétendre financer seuls tous les investissements nécessaires à notre développement. Nous devons mobiliser notre épargne nationale, faire grandir notre secteur privé et rester capables d’attirer l’investissement international. Mais attirer des capitaux n’est pas une politique économique en soi. La vraie question commence après : pour produire quoi, où et avec quelles retombées pour le Sénégal ?

C’est à cette aune que nous devons regarder le nouveau Code des investissements. Il comporte des évolutions utiles. Il cherche à rendre notre pays plus attractif, simplifie certaines procédures, différencie les incitations selon les territoires et introduit notamment des dispositifs concernant les investissements stratégiques et l’investissement socialement responsable. Nous n’avons aucune raison de contester une réforme simplement parce qu’elle vient du pouvoir actuel. Mais nous n’avons pas davantage vocation à applaudir un texte avant d’en avoir mesuré les résultats.Un Code des investissements se juge moins sur ses intentions que sur les investissements qu’il permet réellement de faire venir et, surtout, sur ce que ces investissements apportent au pays.

PRODUIRE QUOI ?

Voilà la première question. Le Sénégal ne doit pas chercher seulement des capitaux. Il doit rechercher les capitaux dont son économie a besoin. Un investissement qui augmente durablement notre capacité à produire n’a pas le même intérêt qu’un investissement qui crée peu de valeur locale. Nous devons donc mieux orienter l’investissement vers les secteurs capables de transformer profondément notre économie : agriculture et agro-industrie, industrie, énergie, numérique, santé, infrastructures, transformation de nos ressources et activités permettant de réduire certaines de nos dépendances.
Les hydrocarbures constituent évidemment une opportunité importante. Mais ils ne peuvent pas devenir notre unique moteur de croissance. Notre défi est plus large. Il faut construire autour de ces nouvelles ressources une économie productive suffisamment diversifiée pour créer des emplois et des entreprises dans de nombreux secteurs. C’est là que l’investissement prend tout son sens. Nous ne devons plus seulement nous demander combien de milliards ont été annoncés. Nous devons nous demander ce que ces milliards permettront de produire au Sénégal.

OÙ ?

Cette deuxième question est trop souvent oubliée. Le Sénégal ne peut pas continuer à concentrer l’essentiel des opportunités économiques dans quelques territoires. Le nouveau dispositif prévoit justement des durées d’incitations différentes entre Dakar-Thiès et les autres régions. C’est une orientation qui mérite d’être suivie dans ses effets réels. Le guide officiel de l’investisseur présente des garanties fiscales et douanières de trois ans pour Dakar et Thiès, contre cinq ans dans les autres régions. Mais une incitation fiscale ne suffira jamais à elle seule à faire venir une entreprise. Pour investir à Kaffrine, Tambacounda, Matam, Kolda, Sédhiou ou Kédougou, il faut aussi des routes, de l’électricité fiable, de l’eau, de la connectivité, du foncier sécurisé et une administration capable d’accompagner rapidement un projet. Je connais suffisamment les collectivités territoriales pour savoir qu’il existe dans nos régions des possibilités considérables qui restent inexploitées. Nos territoires ne demandent pas la charité. Ils demandent les moyens de participer à la création de richesse nationale.

L’APIX dispose déjà de plateformes et bureaux régionaux, dont un bureau à Kaolack couvrant Kaolack, Kaffrine et Fatick. Il faut désormais mesurer ce que cette territorialisation produit concrètement en investissements et en emplois. Nous proposons donc qu’un bilan territorial de l’investissement soit rendu public chaque année. Les Sénégalais devraient pouvoir savoir quelle région reçoit quoi, dans quels secteurs, pour quels montants et avec combien d’emplois à la clé. Ce serait une manière très concrète de vérifier si la territorialisation du développement existe dans l’économie réelle.

AVEC QUELLES RETOMBÉES ?

C’est probablement la question la plus importante. Lorsqu’un investisseur vient au Sénégal, il est normal qu’il recherche une rentabilité. Personne n’investit durablement à perte. Mais il est tout aussi légitime que le Sénégal recherche son propre intérêt. Si l’État accorde des avantages fiscaux ou douaniers pour favoriser un investissement, ces avantages doivent produire une contrepartie économique mesurable. Combien d’emplois ont été créés ? Combien de jeunes ont été formés ? Combien de PME sénégalaises travaillent avec l’entreprise ? Quelle part des achats est réalisée localement ? Quelles compétences ont été transférées ? Quelle nouvelle capacité de production avons-nous construite? Ce sont ces questions qui permettent de distinguer un investissement qui passe dans une économie d’un investissement qui transforme une économie. Le nouveau Code contient justement des dispositions relatives au contenu local, à l’emploi sénégalais, à la sous-traitance avec les PME locales et au transfert de technologies et de compétences. Il faut maintenant que ces principes vivent dans les entreprises. Le capital étranger doit aussi contribuer à faire grandir le capital sénégalais. Le contenu local ne doit pas rester une expression que nous répétons dans les discours. Il doit se retrouver dans les carnets de commandes de nos PME, dans les emplois de nos jeunes, dans les compétences de nos ingénieurs, techniciens et ouvriers. Et lorsqu’un grand investissement s’installe dans une collectivité, les populations doivent pouvoir constater ses effets. Une région ne peut pas seulement fournir le foncier, accueillir les installations et regarder passer les camions. Elle doit également bénéficier de l’activité économique créée autour du projet.

PASSER DES INVESTISSEMENTS ANNONCÉS AUX INVESTISSEMENTS RÉALISÉS

C’est pourquoi le Parti socialiste propose une règle simple: mesurer et publier. Chaque année, un bilan accessible au public devrait permettre de comparer les investissements annoncés aux investissements effectivement réalisés. Il devrait également présenter les emplois promis et ceux réellement créés, leur localisation, les principaux avantages fiscaux et douaniers accordés, la participation des entreprises sénégalaises ainsi que les engagements pris en matière de formation et de transfert de compétences. Ce n’est pas être hostile à l’entreprise. C’est au contraire construire une relation plus mature entre l’État et l’investisseur. L’investisseur sérieux doit trouver au Sénégal un État stable, une administration efficace, une fiscalité lisible, une justice fiable et des règles qui ne changent pas au gré des circonstances.

Mais l’État doit également pouvoir demander le respect des engagements pris. Nous devons retrouver cette confiance réciproque. Le Sénégal a besoin de croissance. Il a besoin d’investissement. Il a besoin de capitaux. Mais notre ambition ne peut pas être simplement de devenir un pays où il est intéressant d’investir. Elle doit être de devenir un pays qui sait transformer l’investissement en production, la production en emplois et la croissance en progrès partagé. Voilà, à mes yeux, le véritable enjeu. Attirer les capitaux, oui. Mais pour produire au Sénégal, développer nos territoires, faire grandir nos entreprises et créer ici une part toujours plus importante de la richesse dont notre pays a besoin.

Abdoulaye WILANE

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