Notation financière : Moody’s a dégradé la note du Sénégal, la faisant passer de Caa1 à Caa2

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L’agence de notation Moody’s a dégradé la note du Sénégal le 28 août 2026, la faisant passer de Caa1 à Caa2.  Ainsi, avec cette notation, l’économie sénégalaise reste dans la catégorie des notes très spéculatives, avec un risque de défaut jugé élevé par l’agence. C’est déjà la 4e dégradation en moins de deux ans : octobre 2024 – B1,  février 2025 – B3,  octobre 2025 – Caa1 et août 2026 – Caa2.

RAISONS DE LA DÉGRADATION : l’absence prolongée d’un programme avec le Fmi, la détérioration de la soutenabilité de la dette avec des besoins bruts de financement autour de 25 % du PIB, des paiements d’intérêts qui grimpent à 23,7 % des recettes de l’État (contre 16,1 % en 2023). Bloomberg parle de «POWER RIFT» pour relier explicitement cette dégradation à une crise politique interne : en mai 2026, le Président de la République Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko.

Economiste et coordonnateur des cadres de Pastef, Amadou Babo Ba, affirme que Bloomberg a fait une analyse spéculative, subjective et biaisée de la situation économique. Car selon lui, on ne peut pas sanctionner un pays qui opte pour la transparence. “Une nouvelle dégradation qui risque de compliquer davantage la mobilisation de ressources auprès des bailleurs… Une impasse complexe”, affirme Babacar Ndiogou, fondateur du mouvement Yessal Kaolack et candidat à la mairie de la ville pour les élections locales. “La dégringolade économique et financière du Sénégal se poursuit, comme l’atteste celle que lui a infligée hier l’agence de notation Moody’s, pendant que les politicien.ne.s du pays, dans leur quête de pouvoir et privilèges, se bagarrent sur des détails”, le journaliste économiste Adama Gaye.

LA DÉGRADATION DE MOODY’S RENFORCE L’URGENCE DE RECAPITALISER L’ACTIF ÉCONOMIQUE
La nouvelle dégradation de la note souveraine du Sénégal par Moody’s, de Caa1 à Caa2 avec perspective négative, intervient en pleine mission du FMI à Dakar. Elle ajoute un signal préoccupant à une situation que notre Lettre ouverte de sept pages au FMI et au Gouvernement sénégalais invitait précisément à regarder au-delà de ses seuls équilibres macro-budgétaires.
Cette dégradation rend cette interpellation encore plus pertinente.
Comment un pays qui entre dans une nouvelle phase productive, dispose désormais d’hydrocarbures, conserve une croissance significative et réduit fortement son déficit peut-il simultanément voir augmenter la perception de son risque souverain ?
Parce que croissance, liquidité et solvabilité ne sont pas synonymes.
La dette est un passif certain. En face existent des actifs économiques futurs considérables, mais encore insuffisamment organisés pour produire assez rapidement les flux de revenus, de devises et de recettes fiscales permettant de modifier structurellement la trajectoire financière du pays.
C’est pourquoi la question posée dans notre Lettre ouverte devient encore plus urgente.
Au-delà de la nécessaire consolidation budgétaire, comment transformer le potentiel économique du Sénégal en capacité productive, financière et fiscale reproductible ?
La réponse ne consiste pas à commencer par garantir financièrement des activités insuffisamment dérisquées.
Il faut inverser la logique.
Il faut d’abord organiser des systèmes productifs cohérents : connecter les chaînes de valeur, sécuriser leurs complémentarités, leurs infrastructures, leurs intrants, leurs compétences et leurs débouchés afin de réduire ex ante les risques qui empêchent l’investissement.
Cette architecture productive révèle ensuite les flux économiques attendus, les risques résiduels, les maturités et les besoins de financement. C’est à partir d’elle que doit être construite l’infrastructure financière adaptée et que peuvent être mobilisés, à l’échelle requise, les capitaux privés et institutionnels.
Autrement dit, il ne s’agit pas de transférer au secteur public des risques que l’architecture économique aurait pu éliminer. Il s’agit de réduire le risque à sa source avant d’organiser son financement.
C’était déjà l’un des messages essentiels de notre Lettre ouverte.
La décision de Moody’s lui donne aujourd’hui une urgence supplémentaire.
Le Sénégal doit naturellement mieux maîtriser son passif. Mais sa sortie durable de la contrainte financière dépendra surtout de sa capacité à recapitaliser son actif économique.
Car la solvabilité de demain se construit dans l’architecture productive d’aujourd’hui.
Dr Papa Demba Thiam
Économiste — Architecte des Transformations Stratégiques

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