Babacar Ndiogou
Les profondes dissensions entre le PR et l’ex-PM ont conduit à la dissolution du gouvernement après deux années. Si nous ne faisons pas attention, nous risquons d’entrer dans une crise politique qui viendra se greffer à celle de l’économie, provoquée entre autres par la situation d’endettement, la conjoncture géopolitique mondiale et certaines mesures de l’État. Dans ce contexte, un nouveau Premier ministre, économiste et technocrate au long parcours à la BCEAO, est nommé. Assurément, sa tâche ne sera pas facile, elle est lourde et complexe, mais les solutions existent. Nous lui souhaitons une peine réussite dans sa nouvelle mission
Le Sénégal ne doit pas se permettre de faire des pas en arrière ni de perdre du temps dans un monde en mutation rapide, marqué par des transformations profondes dans tous les domaines. Plus que jamais, nous sommes à un tournant décisif de l’histoire de l’humanité et notre pays dispose de tous les atouts pour tirer son épingle du jeu et amorcer le progrès économique et social dans cette première moitié du 21e siècle.
En dépit des querelles politiques et des tensions fratricides au sein de l’équipe au pouvoir et du Parlement, nous rappelons aux élus qu’il existe encore des urgences et des priorités absolues pour le Sénégal. La pauvreté y est encore omniprésente. De plus, de nombreux citoyens n’ont toujours pas accès à l’eau courante dans certaines contrées. Beaucoup d’établissements scolaires sont dans un état de délabrement avancé. Certains hôpitaux et postes de santé manquent presque de tout faisant l’accès au soi un véritable luxe. De surcroît, le chômage des jeunes est encore à un niveau alarmant. Les besoins situés à la base de la pyramide de Maslow ne sont pas entièrement satisfaits. Par conséquent, il ne nous serait d’aucun profit de bloquer la marche du pays et de ses institutions en raison des conflits et divergences politiques secondaires.
Dans presque tous les pays en voie de développement, la croissance est principalement portée par l’investissement public, à défaut de retombées conséquentes issues de l’exportation des matières premières. De fait, la structure économique actuelle traduit encore un déficit d’investissements privés. Jusqu’ici, le début de la production des hydrocarbures a occupé une place prépondérante dans le taux de croissance de ces dernières années. Sans une augmentation soutenue de la production de gaz et de pétrole, il ne nous restera que le levier de l’investissement de l’État, qui fait actuellement défaut en raison du niveau élevé de l’endettement.
Avec le poids important du service de la dette, l’État ne dispose vraisemblablement plus de marges de manœuvre suffisantes pour impulser l’activité économique. De surcroît, beaucoup d’entreprises se sont toujours approvisionnées grâce aux marchés publics. Lorsque ceux-ci se raréfient, il est normal que l’activité économique ralentisse. Qui plus est, le tissu économique n’est pas encore suffisamment structuré pour pouvoir porter, à lui seul, une croissance conséquente. Ainsi, l’investissement de l’État joue encore un rôle primordial.
La stratégie consistant à remplacer la dette par d’autres emprunts à très court terme, ainsi que le recours aux produits dérivés (TRS…), risque davantage d’asphyxier davantage le budget et de provoquer un resserrement des possibilités d’investissement public. Au regard de cette situation, il s’avère nécessaire de recourir à tous les moyens permettant au pays de retrouver une certaine latitude budgétaire, au moins pour deux ans, afin de procéder aux réformes nécessaires et d’entamer certains projets d’infrastructures, de renforcer le système agricole, de débuter une restructuration de l’économie et d’accélérer la digitalisation.
Pour ce faire, il ne faudrait pas exclure l’idée de renouer avec le FMI et d’aller vers une restructuration ainsi qu’un reprofilage global de l’endettement.
Mouvement Jappo Yessal Kaolack
