Sénégal: pourquoi les prix du carburant n’augmentent pas avec la hausse du prix du pétrole

à la une Eco-Finance

1-Le FSIPP c’est une sorte de fonds de péréquation ?

le FSIPP est un mécanisme de stabilisation et de sécurisation de l’approvisionnement pétrolier, alimenté par des marges issues de la baisse occasionnelle des cours internationaux, des dotations financières affectées au FSIPP et des marges tirées de quotas de pétrole brut ou de produits pétroliers obtenus à prix préférentiels auprès de pays amis.

Non, le FSIPP n’est pas un fonds de péréquation. Ce dernier a unobjectif qui consiste à lisser les écarts de prix ou de coûts pour maintenir un certain équilibre tarifaire. Or le FSIPP a plusieurs usages : couvrir les pertes commerciales liées aux importations, soutenir l’activité de raffinage, couvrir certaines dépenses techniques liées aux produits pétroliers, financer les dépenses liées à la sécurisation de l’approvisionnement et seulement éventuellement compenser les hausses de prix au consommateur. Donc, la compensation des prix n’est qu’une composante parmi d’autres, pas l’objet exclusif du fonds.

Dans le contexte actuel de tensions au Moyen-Orient et sur le détroit d’Ormuz, l’utilité économique du FSIPP augmente fortement, car il peut absorber une partie du choc sur les coûts d’importation et limiter la transmission immédiate au consommateur. Cela signifie que le FSIPP est pensé comme un fonds contracyclique : il se renforce davantage quand les conditions de marché sont favorables, pour pouvoir intervenir quand le marché se tend

2- Vu la situation économique difficile combien de temps l’état pourra continuer de supporter les prix des hydrocarbures pour éviter la hausse des prix?

Le nombre de passages de pétroliers dans le détroit est tombé à seulement quatre navires par jour, contre une moyenne de 24 par jour depuis janvier. Environ 200 pétroliers se retrouvent de facto bloqués dans le Golfe. Comme conséquence, les prix du pétrole brut ont grimpé à environ 100 dollars le baril, soit une hausse de près de 70% en quelques semaines. La crise d’Ormuz met le FSIPP sous pression maximale sur plusieurs fronts. D’abord l’augmentation des coûts d’importation car le Sénégal importe l’essentiel de ses produits pétroliers. Il y’a ensuite le soutien au raffinage menacé car depuis le 28 février, quatre grands pays producteurs (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Irak et Koweït) ont réduit leur production, faute de pouvoir exporter via le détroit. Et enfin la compensation des hausses pour le consommateur.

Dans un scénario Brent à 100, le FSIPP joue trois rôles sur les prix à la pompe. D’abord un amortisseur immédiat en évitant une hausse brutale et instantanée en prenant en charge une partie de l’écart entre le coût réel d’importation et le prix intérieur administré oupolitiquement souhaité. Ensuite le lissage dans le temps en permettantun ajustement différé ou. Le choc n’est pas supprimé ; il est étalé dans le temps. Enfin le rôle de protection ciblée de la chaîne aval en soutenant l’activité de raffinage et certaines pertes commerciales, le FSIPP peut limiter les dysfonctionnements logistiques et commerciaux qui, sinon, finiraient aussi par se répercuter sur le prix final.

Dans combien de temps ? Tout dépend de trois variables : la taille du montant mobilisé dans le FISPP, la durée de la perturbation sur Ormuzet l’ampleur de la hausse internationale du brut.

3- Les prix mondiaux augmentent donc Le Sénégal grand importateur de tout va importer l’inflation. Ne craignez vous pas une hausse des prix de la consommation?

Non. Pas tous les produits de façon directe, mais presque toute l’économie mondiale peut être touchée indirectement. Un blocus du détroit d’Ormuz affecte d’abord le pétrole, le gaz, les carburants, les engrais et le fret maritime, puis se diffuse à de nombreux autres biens via les coûts de transport, d’énergie, d’assurance et de production. L’impact dépend surtout de la durée, de l’ampleur réelle du blocage et des routes de contournement disponibles. Je vous rappelle que le détroit c’est uniquement 1/5 du transport de produits pétroliers. Les pays importateurs nets d’énergie, comme le Sénégal, sont parmi les plus exposés

Le FSIPP agit sur l’inflation par canal de blocage partiel du pass-through. Sans intervention, un Brent à 100 tend à se transmettre au transport, à la distribution, à certains biens manufacturés et indirectement à l’alimentation. Avec intervention du FSIPP, une partie de cette transmission est temporairement freinée, car la hausse du prix énergétique final est partiellement neutralisée ou retardée. Oui le Sénégal, comme tous les pays, reste très exposé à la volatilité pétrolière.

Non, un blocus d’Ormuz n’arrête pas mécaniquement l’importation mondiale de tous les produits. En revanche, il peut perturber une part très importante du commerce mondial par effet de chaîne, parce que ce détroit est un corridor majeur pour l’énergie mondiale et pour certains intrants stratégiques. Mais le phénomène d’inflation importé a toujours existé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *