Amadou Lamine Sall, poète Grand-Croix de l’Ordre du Mérite du Sénégal
D’abord se réjouir de cette initiative de réformer, d’innover, d’avancer ensemble pour réussir ensemble ce pari de développer notre cher pays. Bravo pour les projets de loi mis sur la table et à débattre par et pour le peuple Sénégalais ! Hors des rêves qui bâtissent ce qui seul dure, un poète propose :
– LE RÉGIME DES PARRAINAGES :
Que le système des parrainages soit revisité, fouillé, revu, allégé, mais infaillible pour aller briguer le suffrage universel et ne pas laisser l’anarchie régner. Le Sénégal est, en effet, au nom de la démocratie et de l’irresponsabilité citoyenne, un pays où tout le monde veut être président de la République et croit pouvoir l’être. La Fonction doit être protégée et rester noble. Son premier mortel danger : l’inculture ! Démocratiser le savoir par l’éducation n’y suffit pas ! Mais la sagesse peut compenser le mal. Elle est « la connaissance approfondie du vrai et du bien ; alliant discernement, expérience de vie et éthique pour guider les actions avec prudence et modération. Elle transcende la simple connaissance avec une capacité à naviguer dans la complexité. Elle est une vertu intellectuelle e morale favorisant un jugement droit. » L’Afrique en fut un des berceaux. Plus maintenant ! La politique et la qualité du plus grand nombre de ses rois, ont tout désenchanté
– LES CANDIDATURES CIVILES INDÉPENDANTES :
Le régime des candidatures civiles indépendantes, hors des partis politiques constitués, déclarés, reconnus, s’entend, doit faire l’objet de réformes plus démocratiques afin de donner leur chance aux Sénégalais qui ont librement choisi d’exister en dehors des carcans politiques étriqués et qui souhaitent briguer la fonction de président de la République. La politique ne doit pas et ne peut pas tout régir, tout accaparer, tout réussir. Il faut un tout pour faire le monde. Si un jour un candidat indépendant accédait à la magistrature suprême, ce serait notre gloire et cela arrivera un jour mais nous ne serons plus là !
– LES PEINES, LES PRISONS :
Légiférer sur les peines de prisons pour humainement soulager les détenus, ceux qui restent
plus d’un an sans être jugés. Que ceux-là soient automatiquement libérés sous bracelets électroniques en attendant leur comparution devant le juge. Cela aiderait à désengorger tant soit peu nos prisons qui défient l’inhumaine condition et les plus infimes droits de l’homme. Nos prisons sont des écuries avec une gestion quotidienne de chevaux en surnombre ! Inacceptable !
– LES FONDS POLITIQUES :
Les fonds politiques doivent changer d’appellation. Leur trouver un nom moins polémique, plus noble, plus éthique. « Fonds d’accompagnement et d’assistance des missions du président de la République », entre autres trouvailles. Leurs montants doivent être publiés, connus, désormais drastiquement et éthiquement plafonnés, contrôlés par la Cour des Comptes sous réserve de confidentialité. Pour notre part, nous le savons par proximité républicaine : un Chef d’État, particulièrement, pour des raisons d’État, de pouvoir, de leadership, de politique intérieure nationale, internationale et de sécurité, doit être bénéficiaire de fonds laissés à sa discrétion. Ces fonds doivent seulement être raisonnables, moins choquants, au regard des priorités nombreuses auxquelles doit faire face le budget étriqué de l’État, mais également face au choc de l’opinion devant l’énormité des montants annuels en milliards et des milliards mis à la disposition des chefs politiques. L’entendement du montant de tels fonds, laisse dans un pays pauvre, des échos douloureux et difficilement compréhensibles et acceptables. Les fonds d’État dédiés et également alloués à des ministères de souveraineté, nous ne savons pas réellement lesquels, parmi les Forces Armées, les Affaires Étrangères, l’Intérieur, sont nécessaires pour des raisons d’État et de sécurité nationale incontestables, mais doivent être réduits, drastiques, au regard des pressants et difficiles enjeux budgétaires nationaux.
– LE PATRIMOINE CULTUREL, ARTISTIQUE, ARCHITECTURAL :
Notre Constitution dit au 1er paragraphe de son préambule : “Le peuple du Sénégal souverain attaché à ses valeurs culturelles fondamentales qui constituent le ciment de l’unité nationale ;” tout est dit ! Une loi doit être initiée, pensée, promulguée, pour que le patrimoine culturel, artistique, architectural du Sénégal, soit protégé, valorisé, élevé. Dès lors, pour exister et non mourir, il doit bénéficier annuellement, dans le budget de l’État, d’un montant dont le chiffre devrait être entre 25 et 50 milliards de FCFA pour faire face à son existence réelle, son suivi, ses réhabilitations et son offre d’émerveillement et de curiosité.
Le budget de l’État prendrait en charge 50% de ce montant, les autres 50% seraient prélevés à partir d’un taux de 2% à 5% appliqué aux jeux d’argent et de hasard, à la loterie nationale gérée par la Lonase ainsi que les dividendes du gaz et du pétrole dans le projet de “ Fonds dit générationnel ” dont nous aurions aimé connaître, avec respect, comme citoyen informé publiquement, le solde actuel en 2026 et les modalités pratiques d’existence, de gouvernance et de fonctionnement. Ce Fonds est à saluer des dix mains et des 10 jambes. Ce patrimoine culturel, artistique, architectural est notre avenir. Senghor nous avait laissé le Musée Dynamique, un bijou sabordé, anéanti honteusement comme l’histoire le retient. Il avait laissé un Code de l’Urbanisme piétiné, violé, effacé, corrompu parce que non respecté, snobé, ignoré, non appliqué. “Les Nègres et l’application des lois, c’est compliqué”, dit l’Ambassadeur de Tombouctou ! D’ailleurs, les lois non appliquées sont plus nombreuses que celles appliquées ! Seules les lois à enjeux politiques majeurs et sensibles, sont surveillées et vivent de manière dynamique. Pour ne s’arrêter qu’à Dakar, il suffit de constater, le coeur en lambeaux, depuis le départ de Senghor, de l’anarchie invincible qui règne dans le bâtiment et les aménagements urbains ! Pas d’arbres, pas de bois de ville, pas de parcs, pas de jardins, rien que du béton et du « je fais ce que je veux ». Il est temps que l’État sorte de sa léthargie coupable et sévisse.
Il s’agira, dès à présent de recenser ce patrimoine, de protéger drastiquement les monuments et bâtiments coloniaux du vieux Dakar, en lieu et place de leur vente furtive, cruelle et de leur démolissement en silence. L’Ordre des Architectes qui s’est réveillé de sa très longue sieste, doit être placé au cœur du combat et en être à la fois le scénariste, le gardien, l’arbitre. Le puissant manifeste du « Bakku » doit être opérationnel ! Notre cadre de vie est un désastre ! Il n’existe pas pire crime que ce gâchis qui ressemble à un État qui a brûlé ses manuscrits, ses livres, enterrant, par la même occasion, ses historiens, ses architectes, ses paysagistes, ses décorateurs, aménagistes et artistes. Il s’agit également, d’ouvrir enfin ce Grand Musée d’Art Contemporain dont le Sénégal rêve et qui tarde dans un silence pourri. Le président de la République ne devrait pas manquer l’occasion de la prochaine Biennale de Dakar, pour le mettre dans la liste de ses inaugurations. Demander, par ailleurs, à l’État de mettre une grande maison de son patrimoine bâti, sans frais, à la disposition du ministère de la Culture et de la famille du sculpteur Ousmane Sow, afin d’y installer le Musée Ousmane Sow avec l’ensemble de ses œuvres. Des millions et des millions de visiteurs viendraient à Dakar le visiter. Créons ce nouveau patrimoine en y mettant le prix, la générosité, la lucidité, le rêve. L’occasion faisant le larron, les œuvres de notre regretté et irremplaçable artiste et écrivain Issa Samb de son nom d’artiste Jo Ramangélissa Samb, doivent très vite, également, trouver un abri définitif dans un musée.
Par ailleurs, il est temps de savoir où sont passées les œuvres artistiques primées lors de toutes les éditions de la Biennale de Dakar à nos jours, en commençant par la 1ère édition de 1990 pour les Lettres et celle de 1992 pour les Arts, conduites, à l’époque, par le poète Amadou Lamine Sall, initiateur en 1990 de cette Biennale devenue la Biennale de l’Art Africain Contemporain -DaK’Art-, aujourd’hui courue par le monde et qui donne du Sénégal une vitrine jamais égalée. Toutes ces œuvres acquises par l’État, doivent être vite retrouvées et exposées au futur Musée de l’Art Africain Contemporain déjà désigné. Puisse Monsieur le Premier ministre prendre en main cette mission avec le ministre de la Culture. Ladite loi proposée sur le patrimoine culturel, artistique, architectural, obligerait également l’État à procéder à des commandes artistiques annuelles pour parer notre capitale et nos capitales régionales de sculptures monumentales, donnant ainsi à notre pays ce puissant et original visage culturel et artistique qu’il doit reconquérir et qui nous manque si cruellement ! Notre pays doit repasser chez le coiffeur. Il est temps. La culture c’est l’entêtement de vivre et non de mourir ! Investir dans la culture, c’est investir dans ce qui échappe au seul trésor de l’homme pour fêter l’éternité. Aidons notre jeunesse à s’installer dans l’esprit de cet avenir, dans le beau !
– LA PRESSE : SES MISSIONS ET SA PROTECTION CONTRE TOUS DIKTATS :
Introduisons dans notre Constitution la défense, la protection, le soutien, le rayonnement d’une presse nationale libre, responsable, respectueuse des lois et règlements, garante de la défense de notre souveraineté, de notre indépendance, de notre identité nationale et de l’intégration africaine. Un juge de la presse pourrait être nommé pour la protéger contre tous diktats mais également contre elle-même face aux dérives. Ce juge serait directement saisi pour des fautes imputées à tel ou tel organe de presse, tel ou tel journaliste. Notre Constitution dit ceci : “la construction nationale repose sur la liberté individuelle et le respect de la personne humaine, source de créativité.” Le Code pénal doit être révisé, au besoin, pour la liberté de la presse, mais sans faiblesse coupable !
– CONSEIL CONSTITUTIONNEL ET COUR CONSTITUTIONNELLE :
Nous sommes allés chercher ce qui différencie « Conseil » et « Cour ». Voilà ce qui est dit : « Le Conseil constitutionnel (souvent préventif, contrôle de conformité) et la Cour suprême (sommet de l’ordre judiciaire, contrôle de cassation) diffèrent principalement par leur champ d’action. Le premier vérifie la constitutionnalité des lois, tandis que la seconde tranche les litiges en dernier ressort, coiffant l’ordre judiciaire ou administratif. » Nous sommes aussi allés savoir ce qui différencie une Cour Constitutionnelle et une Cour Suprême. Voilà la réponse : « La différence principale réside dans leur champ de compétence : la Cour Suprême est l’instance finale pour les litiges judiciaires et administratifs ordinaires (dernier ressort), tandis que la Cour Constitutionnelle ( ou Conseil Constitutionnel ) est spécialisée dans la conformité des lois à la Constitution. La première gère le fond du droit, la seconde veille à la suprématie de la norme constitutionnelle. » Jugez-en chacune, chacun ! Nous, nous fuyons la migraine. Le Droit est une farine à modeler le choix de votre pain ! Tenez, voyez comme il est défini : « Le droit est l’ensemble des règles juridiques (lois, décrets) établies par l’État pour organiser la vie en société et assurer la sécurité, la justice et l’ordre. Il s’impose à tous pour éviter l’anarchie, protéger les libertés individuelles et sanctionner les comportements interdits. » Clair mais soumis aux jeux fins, obscurs et interminables des interprétations !
La politique est cette femme sertie de certitude, d’orgueil, de secrets, de ruses, de pouvoirs et de ce magnétisme fatal qui attire toujours le droit dans son lit où elle le vainc ! Génie sans talent, talent sans génie, ou génie et talent réunis ou ni génie ni talent, l’exercice politique du pouvoir reste un art, c’est-à-dire un savoir-faire. L’exercice du droit, lui, est un serment, cette « parole sacrée exigeant l’honneur. »
Tout citoyen se définit comme « une personne reconnue comme membre d’un État, ce qui lui confère des droits politiques comme le vote et des obligations comme le respect des lois. » Finalement, en un mot, la vérité est connue: “ Si vous ne vous occupez pas de la politique, elle s’occupe de vous !” Les projets de loi émanent du gouvernement, les propositions de loi émanent des députés. Aux citoyens libres non représentés à l’Assemblée nationale, que leur faut-il faire, en toute indépendance, sans intermédiaire et sans coursier payant, pour prendre part à l’édification de l’architecture politique nationale en inspirant des lois ?
Un poète s’est égaré !
29 avril 2026
