WalfQuotidien: Vous êtes le porte-parole d’un parti marqué par des tensions internes. Les différentes sensibilités sont-elles vraiment réconciliables ?
Abdoulaye WILANE: Je le crois fermement. Mais la réconciliation n’est pas un vœu pieux, c’est un acte politique. Au Ps, nous partageons une histoire, un héritage, des valeurs et surtout un même combat contre les injustices sociales. Ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous divise. Mais je refuse de réduire la réconciliation à une simple poignée de main entre responsables. Elle doit reposer sur des bases solides : la transparence, le respect des règles, la démocratie interne et la parole rendue aux militants. La contradiction n’est pas une maladie dans un parti démocratique. C’est le dialogue qui la transforme en force et le silence qui la transforme en crise. Notre responsabilité aujourd’hui est donc de rassembler tous les socialistes, sans exclusion, autour d’un Ps refondé.
«Notre responsabilité est d’organiser un congrès incontestable, pas simplement un congrès rapide.»
Pourquoi la direction tarde-t-elle à convoquer le congrès ? Les conditions sont-elles si mauvaises ?
La question est légitime et l’impatience des militants doit être entendue. Mais il faut distinguer la date du congrès de la qualité du congrès. Un congrès organisé dans la précipitation, sur la base de listes contestées ou avec le sentiment que certaines sensibilités sont exclues, ne réglerait rien. Il risquerait au contraire d’aggraver les fractures. La relance du Ps est engagée avec un comité dédié. Il faut maintenant transformer cette volonté en un calendrier clair, une méthode transparente et un processus inclusif. Notre responsabilité est d’organiser un congrès incontestable, pas simplement un congrès rapide. Ce congrès ne doit pas seulement désigner des dirigeants. Il doit ouvrir une nouvelle étape de l’histoire du Parti socialiste.
Quelles garanties offrez-vous aux animateurs de «Dundal Ps» qui réclament ce congrès ?
D’abord, je veux leur dire qu’ils ne sont pas nos ennemis. Ils sont socialistes et leur exigence de renouvellement doit être entendue, même si nous pouvons diverger sur les méthodes. La meilleure garantie que nous puissions leur offrir n’est d’ailleurs pas la parole d’un homme : c’est la règle démocratique. Cela signifie la transparence du processus, l’égalité des droits entre tous les militants, des règles connues de tous et la liberté de participation de toutes les sensibilités. Je les invite donc à transformer leur impatience légitime en propositions constructives. Le congrès ne doit faire peur à personne et ne doit appartenir à personne. Il doit appartenir à tous les socialistes.
Le Ps est en perte de vitesse depuis 2000. Comment comptez-vous le rendre à nouveau attractif ?
Il faut avoir le courage de regarder la réalité en face : nous avons perdu des élections, des positions et une partie de notre influence. Mais nous n’avons pas perdu la pertinence de nos valeurs. Face au chômage des jeunes, aux inégalités, aux difficultés du pouvoir d’achat et au besoin de protection sociale, l’idéal socialiste demeure profondément actuel. Mais le Sénégal a changé. Nous devons donc changer nos méthodes, notre organisation et notre manière de parler aux citoyens. Cela suppose davantage de démocratie interne, le renouvellement des générations, une place accrue pour les femmes et les jeunes, une organisation modernisée, le numérique, la diaspora et surtout le retour sur le terrain. Mais la véritable attractivité viendra du projet. Les Sénégalais doivent savoir ce que nous proposons pour l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation, l’agriculture, l’entreprise et la protection sociale. Le socialisme n’est pas un musée. C’est un chantier. Et nous devons le rouvrir.
Le PS est-il prêt pour les prochaines élections locales ?
Nous nous y préparons sérieusement. Mais être prêt ne signifie pas simplement disposer de listes de candidats. C’est avoir un projet pour chaque territoire. Nous ne voulons pas de candidats parachutés. Nous voulons des femmes et des hommes enracinés, qui connaissent leurs communes et départements, leurs difficultés et leurs potentialités. Nos priorités locales doivent porter notamment sur l’assainissement, l’éducation, la santé, la mobilité, l’environnement et l’emploi des jeunes. Nous devrons surtout prendre en charge le chantier révolutionnaire de la promotion et de l’autonomisation des femmes, de leur accès à la terre et la lutte contre les violences. C’est fondamental. Nous voulons des élus capables d’être de véritables managers du développement local et du service public de proximité. Parce que c’est d’abord à la base que la confiance se reconstruit.
«Notre ambition n’est pas de choisir entre les protagonistes issus du pouvoir actuel.»
Avec la bipolarisation Kiiraay–Pastef, le Ps a-t-il encore une place sur l’échiquier politique ?
Je refuse cette lecture réductrice. Le Sénégal n’est pas condamné à choisir entre Kiiraay et Pastef. La démocratie sénégalaise est plurielle et elle doit le rester. Le Ps a joué un rôle majeur dans la construction de l’Etat et il dispose encore d’un patrimoine politique humain et un maillage territorial considérable. Mais notre avenir ne peut pas reposer uniquement sur notre histoire. Il dépend de ce que nous sommes capables de proposer aujourd’hui. Notre priorité est donc claire : reconstruire le Parti socialiste, rassembler les socialistes et bâtir une alternative crédible au pouvoir issu de Pastef. Nous devons également travailler, sur une base idéologique et programmatique, à un Pacte de stabilité républicaine et de développement avec les forces émergentes, la société civile et les forces républicaines qui partagent notre volonté de redresser le pays. Notre ambition n’est pas de choisir entre les protagonistes issus du pouvoir actuel. Notre ambition est de construire ce qui viendra après.
Une alliance avec Kiiraay est-elle envisageable ?
Notre priorité aujourd’hui n’est ni un rapprochement avec Kiiraay ni avec Pastef. Elle est de reconstruire notre parti, de rassembler les socialistes et de contribuer à l’émergence d’une opposition forte, unie et crédible. Nous ne voulons plus de coalitions de circonstance construites autour de quelques postes ou contre un homme. Nous voulons des convergences fondées sur des valeurs, un projet et une vision du Sénégal. Le Ps doit donc dialoguer avec les forces d’opposition, les forces émergentes et la société civile qui partagent ces objectifs. Notre identité n’est ni à vendre ni à louer. Nous ne cherchons pas un point de chute. Nous construisons une alternative.
«Certaines dépenses de souveraineté exigent discrétion et confidentialité.»
L’actualité est marquée par le débat autour des fonds politiques. Quelle est la meilleure solution selon vous ?
Il faut d’abord éviter de transformer les fonds spéciaux en nouvel épisode de la confrontation politique au sommet de l’Etat. Par définition, certaines dépenses de souveraineté exigent discrétion et confidentialité. Un Etat doit conserver les moyens d’agir lorsque ses intérêts supérieurs, sa sécurité ou certaines situations particulières l’exigent. Mais le véritable sujet est celui de la responsabilité dans l’exercice du pouvoir. Le secret nécessaire à l’Etat ne doit devenir ni un instrument de polémique politique ni un prétexte à la suspicion permanente. Les institutions doivent fonctionner, les responsabilités doivent être assumées et certaines prérogatives de l’Etat doivent être préservées de la bataille politicienne.
Êtes-vous pour un contrôle par l’Assemblée nationale ou pour une liberté totale du président de la République ?
Je me garderais de cette alternative trop simple. Il existe des dépenses dont la nature exige la confidentialité, et l’Etat doit conserver cette capacité d’action. Mais confidentialité ne signifie pas irresponsabilité. La question des éventuelles modalités de contrôle mérite une réflexion institutionnelle sérieuse, loin des polémiques et des règlements de comptes. Je ne crois pas souhaitable d’improviser, au gré d’une crise politique, une réforme touchant à des instruments aussi sensibles de l’Etat. S’il doit y avoir une évolution de leur régime, elle doit résulter d’une réflexion approfondie sur nos institutions, notre histoire, nos réalités nationales et les exigences de sécurité de l’Etat.
La hausse des prix du carburant est-elle une concession au Fmi, dont une mission séjourne actuellement au Sénégal ?
La concomitance interpelle nécessairement : les prix du carburant sont relevés le 15 août et une mission du Fmi arrive à Dakar quatre jours plus tard pour poursuivre les négociations sur un nouveau programme. Mais la concomitance n’est pas la preuve d’une condition imposée par le Fmi. Il appartient donc au gouvernement de dire clairement aux Sénégalais si cette décision relève exclusivement de sa politique économique ou si elle s’inscrit dans les mesures discutées avec le Fonds. La question essentielle reste celle-ci : qui paiera l’ajustement ?
Lorsque le carburant augmente, les conséquences peuvent se transmettre au transport, aux coûts de production et finalement au pouvoir d’achat. Nous pouvons comprendre la nécessité de rétablir les équilibres financiers. Mais cet effort doit être transparent, progressif et justement réparti. Le socialisme responsable ne consiste pas à tout subventionner. Il consiste à ne pas faire supporter l’essentiel de l’ajustement à ceux qui ont le moins de moyens.
Faut-il s’attendre à un accord avec le Fmi à l’issue de cette visite ?
La mission qui séjourne actuellement à Dakar jusqu’au 1er septembre est précisément venue poursuivre les discussions en vue d’un nouveau programme. Cela montre qu’il existe une volonté de parvenir à un accord, mais cela ne signifie pas qu’il est déjà acquis. Laissons donc les négociations aller à leur terme. Pour moi, la véritable question n’est d’ailleurs pas seulement de savoir s’il y aura un accord. C’est de savoir : quel accord, à quelles conditions et avec quelles conséquences pour les Sénégalais ? Le Sénégal a besoin de restaurer la confiance de ses partenaires et de retrouver des marges de financement. Mais l’assainissement de nos finances publiques ne peut se faire en sacrifiant l’éducation, la santé, l’emploi, l’investissement productif ou les populations les plus vulnérables.
Notre ligne est simple : responsabilité financière et justice sociale. Nous jugerons donc l’éventuel accord sur son contenu et sur l’intérêt du Sénégal, et non sur l’identité de ceux qui l’auront négocié.
WALFQUOTIDIEN
