Cybercriminalité au Sénégal : les arnaques en ligne prennent de l’ampleur

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Dakar — La cybercriminalité s’impose désormais comme l’un des nouveaux défis sécuritaires au Sénégal. Escroqueries en ligne, piratage de comptes, atteintes aux données personnelles, usurpation d’identité ou encore diffamation sur les réseaux sociaux : les infractions commises à travers les outils numériques se multiplient et touchent aussi bien les particuliers que les entreprises et les institutions.

Selon le bilan 2025 de la Police nationale, 3 794 infractions liées à la cybercriminalité ont été constatées au Sénégal au cours de l’année. Parmi les faits les plus fréquemment relevés figurent l’escroquerie en ligne, les atteintes aux données et aux personnes ainsi que les accès ou maintiens frauduleux dans des systèmes informatiques. La police a également relevé une progression des affaires de diffamation et d’injures sur les plateformes numériques. (APS – Agence de Presse Sénégalaise⁠)

Les réseaux sociaux, nouveau terrain des escrocs

WhatsApp, Facebook, Instagram et les autres plateformes numériques sont devenus des outils incontournables de communication au Sénégal. Mais cette forte utilisation constitue également une opportunité pour les cybercriminels. Les escrocs utilisent notamment de faux profils, de fausses annonces, de faux concours, de prétendues opportunités d’investissement ou encore des messages imitant ceux d’entreprises et de services connus.

Le principe est souvent simple : mettre la victime en confiance avant de lui soutirer de l’argent ou des informations personnelles. Les techniques de phishing permettent également de récupérer des identifiants, mots de passe ou informations bancaires grâce à de faux liens et à des sites qui ressemblent à ceux d’organismes légitimes.

Le mobile money au cœur des nouvelles fraudes

Avec la généralisation des services financiers numériques et du paiement mobile, les cybercriminels disposent de nouveaux moyens pour atteindre leurs victimes. Une personne peut recevoir un appel ou un message prétendant provenir d’un service financier, d’un opérateur ou d’un proche. Sous prétexte de résoudre un problème, de recevoir un transfert ou de bénéficier d’une offre, la victime est poussée à communiquer un code confidentiel ou à effectuer une opération.

Une règle essentielle doit être retenue : aucun code secret ou mot de passe ne doit être communiqué à une personne qui le réclame par téléphone, SMS ou messagerie.

Des victimes qui peuvent perdre beaucoup d’argent

L’impact financier des arnaques numériques est loin d’être négligeable. Une étude récente relayée au Sénégal indique que 77 % des victimes interrogées ont subi une perte financière à la suite d’arnaques réalisées via des applications de messagerie. (OSIRIS⁠). Certaines escroqueries vont beaucoup plus loin. En avril 2026, la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité a démantelé un système lié à la plateforme HICASH, dans une affaire portant sur plus de 3 milliards de francs CFA de transactions, selon la RTS. (RTS Officiel⁠). Ces affaires montrent que la cybercriminalité peut désormais fonctionner à grande échelle et générer des préjudices considérables.

257 personnes déférées pour cybercriminalité en 2025

Face à cette situation, les forces de sécurité renforcent leurs capacités. En 2025, 257 personnes ont été déférées devant la justice pour des infractions liées à la cybercriminalité, selon les chiffres communiqués par la Police nationale. Parmi ces personnes, 84 % étaient des hommes et 16 % des femmes. La police indique également que 89 % étaient de nationalité sénégalaise. Ces chiffres ne représentent toutefois que les infractions portées à la connaissance des autorités. Ils ne permettent donc pas de mesurer à eux seuls toute l’ampleur réelle du phénomène.

Une plateforme pour signaler les cyberinfractions

Pour améliorer la lutte contre ces nouvelles formes de délinquance, la Police nationale a lancé en février 2026 une plateforme numérique de signalement des infractions cybercriminelles.

L’outil, développé avec l’appui de l’UNICEF et logé au niveau de la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité, doit faciliter le signalement des faits et renforcer la capacité d’intervention des services compétents. Parallèlement, la Police nationale a renforcé sa coopération avec Meta afin d’améliorer les compétences des enquêteurs dans la collecte et l’analyse des preuves numériques sur Facebook, WhatsApp et Instagram. (RTS Officiel⁠)

L’intelligence artificielle, une nouvelle menace

La cybercriminalité évolue rapidement avec l’intelligence artificielle. À l’échelle africaine, un rapport 2026 d’INTERPOL estime que 55 % des cyberinfractions signalées sont désormais liées à l’intelligence artificielle. Les escrocs peuvent notamment automatiser leurs campagnes, produire des contenus plus crédibles ou utiliser des techniques de manipulation psychologique plus sophistiquées. (Interpol⁠). Cette évolution ouvre la porte à de nouvelles formes d’escroquerie, notamment les faux contenus générés par IA, les deepfakes et les manipulations vocales.

Comment éviter de tomber dans le piège ?

Face à cette situation, quelques réflexes simples peuvent limiter considérablement les risques :

  • Ne jamais communiquer son code PIN, mot de passe ou code de validation.
  • Vérifier l’identité d’une personne avant d’effectuer un transfert d’argent.
  • Ne pas cliquer sur les liens reçus de sources inconnues.
  • Activer la double authentification sur les comptes importants.
  • Utiliser des mots de passe différents pour les principaux services.
  • Se méfier des offres financières promettant des gains rapides ou garantis.
  • Vérifier l’adresse exacte d’un site avant d’y saisir des informations personnelles.
  • Signaler rapidement toute tentative d’escroquerie ou de piratage aux autorités compétentes.

Vers une meilleure protection de l’espace numérique sénégalais

Le Sénégal cherche également à renforcer son dispositif institutionnel. En août 2026, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi n°25/2026 relatif à la protection des infrastructures d’information critiques et à la sécurité numérique. Le nouveau dispositif doit notamment renforcer la gouvernance de la cybersécurité et la protection des infrastructures stratégiques. (Vie Publique Sénégal⁠)

La bataille contre la cybercriminalité ne se limite donc plus à l’action des enquêteurs. Elle concerne désormais les pouvoirs publics, les entreprises, les banques, les opérateurs télécoms, les plateformes numériques et surtout les citoyens.

La vigilance de tous devient indispensable

La transformation numérique offre au Sénégal d’importantes opportunités économiques et sociales. Mais elle s’accompagne également de nouveaux risques. Face à des cybercriminels de plus en plus organisés, la meilleure protection reste la vigilance, l’éducation numérique et le signalement rapide des infractions. La cybersécurité n’est plus seulement une affaire d’informaticiens : elle est devenue une question de sécurité pour chaque Sénégalais connecté.

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