Par Abdoulaye WILANE, Porte-parole du Parti Socialiste
La nouvelle dégradation de la note souveraine du Sénégal par Moody’s doit être prise avec tout le sérieux qu’exige la situation de notre pays. Le 28 août 2026, Moody’s a abaissé la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2, tout en maintenant une perspective négative. Cette décision intervient alors qu’une mission du Fonds monétaire international séjourne à Dakar du 19 août au 1er septembre pour poursuivre les discussions avec les autorités sénégalaises en vue d’un éventuel nouveau programme. Il serait trop facile de considérer cette décision comme une appréciation extérieure sans conséquence pour la vie quotidienne des Sénégalais.
Une dégradation de la signature financière du Sénégal finit par avoir un coût.
Lorsqu’un État inspire moins confiance, il emprunte plus cher. Lorsqu’il emprunte plus cher, le service de sa dette augmente. Et lorsque le service de la dette augmente, ce sont autant de ressources qui deviennent plus difficiles à mobiliser pour l’école, la santé, l’emploi, l’agriculture, les infrastructures et la protection des populations.
Les marchés nous envoient également un signal
Le Sénégal continue heureusement d’avoir accès au marché financier régional. Mais la véritable question est désormais : à quel prix ? Lors de l’adjudication du 28 août, le Trésor recherchait 70 milliards de FCFA et a finalement retenu environ 77 milliards de FCFA. Mais les rendements ressortent à 7,85 % à un an, 7,77 % à trois ans et 8,24 % à cinq ans.
Il faut regarder cette réalité en face.
Pouvoir emprunter constitue certes un signe que le Sénégal conserve l’accès au financement. Mais emprunter durablement à des conditions aussi coûteuses ne peut devenir une politique économique. La comparaison régionale doit également nous interpeller. Le Burkina Faso, qui évolue dans le même espace monétaire, a récemment obtenu des conditions sensiblement plus favorables : 4,13 % à un an, 6,13 % à trois ans et 7,30 % à cinq ans lors de son adjudication du 12 août. Cela signifie qu’au-delà des conditions générales du marché régional, une prime de risque particulière est aujourd’hui attachée à la signature du Sénégal. Et c’est précisément cette situation que nous devons corriger.
Le Sénégal ne peut pas vivre durablement de refinancement en refinancement. Depuis plusieurs mois, notre débat public tourne autour des chiffres de la dette, de leur origine et des responsabilités des uns et des autres. Ces débats sont nécessaires. Mais ils ne suffisent plus. La question essentielle pour les Sénégalais est désormais beaucoup plus simple :
Comment sortons-nous de cette situation ?
Chaque mois perdu dans l’incertitude peut renchérir le financement de l’État, fragiliser davantage la confiance et réduire nos marges de manœuvre budgétaires. La mission actuellement conduite à Dakar par le FMI est précisément destinée à poursuivre les discussions sur les politiques et réformes susceptibles d’être soutenues par un nouvel accord de financement. À ce jour, contrairement à ce que certains pourraient laisser entendre, aucun nouvel accord n’est encore acquis.
Il faut donc sortir à la fois du triomphalisme et du catastrophisme. Le Gouvernement doit maintenant dire la vérité et présenter une trajectoire.
La confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Elle suppose d’abord une information budgétaire crédible, stable et transparente. Elle exige ensuite une stratégie claire de maîtrise de l’endettement et des besoins de refinancement. Elle nécessite enfin une politique économique capable de remettre la production, l’investissement privé et la création d’emplois au centre de notre modèle.
Le Sénégal ne sortira pas de ses difficultés uniquement par l’impôt, par l’endettement ou par des ajustements supportés par les ménages. Il faut recommencer à produire davantage de richesses. Agriculture, industrie, transformation locale, économie numérique, PME, infrastructures productives et valorisation de nos ressources doivent devenir les moteurs du redressement.
Un accord avec le FMI ne peut être une politique économique
Le Sénégal a aujourd’hui intérêt à parvenir à une clarification rapide de ses relations avec le FMI. Un accord crédible pourrait contribuer à restaurer la confiance de nos partenaires et à améliorer progressivement nos conditions de financement. Mais ne nous trompons pas : le FMI ne redressera pas le Sénégal à notre place. Le véritable programme de redressement doit être sénégalais. Et surtout, l’assainissement nécessaire de nos finances publiques ne peut avoir pour seule variable d’ajustement les populations.
Après la hausse récente des prix du carburant et dans un contexte de pouvoir d’achat déjà difficile, nous devons être particulièrement vigilants sur la répartition des efforts demandés aux Sénégalais. La responsabilité financière doit aller de pair avec la justice sociale. La question de la dette doit être abordée sans tabou, mais sans précipitation Moody’s considère désormais que les tensions de liquidité et de refinancement sont suffisamment importantes pour que des scénarios impliquant les créanciers privés entrent dans l’analyse du risque souverain.
C’est un avertissement sérieux. Mais il serait irresponsable de transformer immédiatement cet avertissement en appel politique à une restructuration de la dette. Une telle décision aurait des implications majeures pour l’État, le système financier, les investisseurs et l’accès futur du Sénégal aux marchés. Toutes les options doivent pouvoir être étudiées. Aucune ne doit être improvisée. Le Gouvernement doit présenter aux Sénégalais une analyse complète de la soutenabilité de la dette, des besoins de refinancement et des différentes options permettant de restaurer durablement nos marges financières.
Restaurer la confiance
Le Sénégal a traversé d’autres difficultés. Nous disposons encore d’atouts considérables : des institutions solides, des ressources humaines de qualité, un secteur privé dynamique, une diaspora importante, des ressources naturelles et une longue tradition de stabilité. Mais ces atouts ne produiront leurs effets que si nous restaurons ce qui est aujourd’hui le plus précieux et le plus fragile : la confiance. Confiance des Sénégalais dans la parole publique. Confiance des entreprises dans l’avenir. Confiance des investisseurs. Confiance de nos partenaires.
La nouvelle dégradation de Moody’s doit donc être considérée non comme une fatalité, mais comme un avertissement supplémentaire et un appel à l’action. Le temps des explications sur le passé ne peut pas durer indéfiniment. Le temps du redressement doit commencer. Et ce redressement doit reposer sur une ligne claire : vérité des comptes, responsabilité financière, relance de la production et justice sociale. C’est autour de ces principes que le Parti Socialiste entend contribuer à la construction d’une alternative économique crédible pour le Sénégal.
