Depuis le 28 février 2026, date des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le détroit d’Ormuz —par lequel transite 20 à 30 % du pétrole mondial —est de facto bloqué. Cela a pour conséquence une inflation importée et avec une hausse du coût de la vie. En effet, le Sénégal peut subir une hausse des prix des carburants, du transport, du riz, du blé, des huiles, des engrais et des produits importés d’Asie. Le choc énergétique se diffuse rapidement aux prix alimentaires et aux services logistiques.
Pression sur le budget de l’état
La hausse des prix internationaux peut accroître le coût des subventions,(transfert courant –affaires économiques 46% :673 dont 412 pour l’énergie) réduire les marges de manœuvre budgétaires et compliquer la trajectoire de redressement des finances publiques. Les mesures générales de soutien doivent être évitées au profit de mesures ciblées sur les ménages vulnérables et les secteurs critiques.
Déficit commercial et balance des paiements
Une hausse du prix des importations énergétiques et alimentaires augmente la facture extérieure. Même avec les recettes pétrolières et gazières attendues, la balance commerciale reste exposée si le pays importe encore une part importante de ses carburants raffinés et de ses biens essentiels. Il y a aussi des risques pour les entreprises. Celles du transport, Btp, agriculture, pêche, industrie légère, commerce et distribution sont exposées à la hausse du carburant, du fret, des intrants et des délais d’approvisionnement. Les PME subissent davantage le choc car elles disposent de stocks plus faibles et d’un accès limité au financement.
Opportunité énergétique
La crise met en évidence l’urgence d’accélérer la valorisation locale du pétrole et du gaz, la modernisation de la SAR, le développement de capacités de stockage, la pétrochimie, le gaz-to-power, les renouvelables et la construction d’un hub énergétique sous-régional. Nous ne sommes pas les seuls à traverser cette épreuve. Regardons ce que font les pays comparables pour en tirer des leçons.
Recommandations opérationnelles
Face à ce diagnostic, nous ne pouvons pas nous contenter de décrire le problème. Voici cinq leviers d’action que nous proposons :
—constituer des réserves stratégiques de carburant sur le modèle thaïlandais (90 jours de réserves), le Sénégal doit se doter d’un stock tampon national. Cela passe par des infrastructures de stockage et un financement dédié. Une loi de programmation budgétaire peut l’inscrire dans la durée.
—valoriser souverainement le pétrole et le gaz sénégalais Sangomar et Gta sont en production. Mais être producteur ne suffit pas si on continue à importer du carburant raffiné. L’enjeu est de développer une chaîne de valeur locale —raffinage, distribution, approvisionnement régional. Le Sénégal peut devenir un hub énergétique sous-régional.
—renforcer le Fsipp sur le modèle des fonds souverains d’Afrique du sud ou du Kenya, alimenté par une fraction des revenus pétroliers, pour amortir les chocs sur les prix du carburant et protéger le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables. Les recettes issues du fonds de sécurisation des importations de produits pétroliers (Fsipp) ont été mobilisées pour un montant de 111,1 milliards, soit 180,2% de l’objectif annuel de 61,6 milliards. Cette performance notable est attribuable à la détente des cours internationaux des produits pétroliers par rapport aux prix effectivement appliqués. En effet, lorsque les prix mondiaux de l’énergie sont en baisse, le mécanisme de structure des prix génère un prélèvement additionnel au profit du fonds dont le montant est alors ajusté afin de combler l’écart entre le coût réel d’approvisionnement et le prix à la pompe administré.
—diversifier les sources d’approvisionnement pour réduire la dépendance aux marchés asiatiques et au golfe pour les produits essentiels. Accélérer les accords commerciaux régionaux. Développer la production locale d’engrais à partir du gaz sénégalais. En effet, il y a une opportunité directe liée à Gta.
Il faut aussi sécuriser un nouveau programme Fmi. Les discussions sont engagées. La réconciliation des données avec le Fmi est confirmée depuis avril 2026. Un nouveau programme est indispensable pour reconstituer les réserves de change et restaurer la confiance des marchés. C’est la condition pour que la consolidation budgétaire se fasse sans étouffer l’investissement public.
