Me Amadou Aly Kane
Le PM Sonko a présenté le Vendredi 1er Août 2025 son plan de redressement économique et social. Il était souhaitable que l’élaboration du plan fut largement inclusif . Pour avoir lu leurs écrits ou échangé avec eux , je sais qu’il existe de nombreux compatriotes rompus dans l’ingénierie financière et/ ou dans l’économie. Sans parler de l’expertise disponible au sein de la classe politique.
La tenue de consultations sur le plan de redressement aurait permis de l’enrichir puisqu’aussi bien tout le monde est conscient de l’urgence de la situation. Malheureusement, tel n’a pas été le cas au moment de la préparation du Plan.
Mais ces consultations sont intervenues 09 mois après avec les rencontres actuelles du Président de la République avec les anciens Premiers Ministres et les anciens Ministres des Finances.
Quelle était la situation financière et économique du pays ayant déterminé l’élaboration du plan ?
Du point de vue budgétaire, le pays a des problèmes de financement de son développement. Ces difficultés se situaient à plusieurs niveaux :
– au niveau du déficit budgétaire ( le gap entre les recettes et les dépenses publiques) qui oscille d’autour de 7% selon la LFR ( Loi de Finances Rectificative). Il fallait donc emprunter pour couvrir ce déficit d’environ 1695,9 milliards.
Or , il se trouve que la norme communautaire ( UEMOA ) en matière de déficit budgétaire est de 3% et le taux d’endettement d’endettement autorisé de 70% du PIB . C’est dire que le Sénégal survolait et survole toujours allègrement la norme communautaire.
– au niveau de la charge financière de la dette publique ( les intérêts de la dette) qui représente autour de 26% du budget de l’Etat .
– au niveau des amortissements de la dette publique ( dette publique échue) d’un montant de 4020 milliards de francs .
Etant souligné que le refinancement de ce stock de dette arrivée à échéance était et est impossible pour le Sénégal , du fait de la perte de confiance des marchés internationaux envers le pays,
En effet, notre note souveraine a été dégradée à trois reprises par S&P et Moody’s , avec une perspective négative.
En résumé , les besoins de financement du pays s’élevait à 5715, 5 milliards selon la LFR ( Amortissements de la dette + Déficit ) en Août 2025. Et enfin, il faut relever également que le contexte était et est marqué par la rupture provisoire la coopération du FMI avec le Sénégal.
Rupture qui a pour conséquence, le gel de la coopération du Sénégal avec les bailleurs de fonds internationaux puisque le FMI est leur tiers-certificateur.
Pour boucler la boucle , soulignons que l’économie du Sénégal est marquée par une forte récession c’est-à-dire le ralentissement des activités économiques. Autrement dit une faible circulation monétaire.
Devant un tableau économique et financier pareil, il est indiscutable que l’élaboration d’un plan de redressement devenait une urgence absolue.
La grande question qui se pose est maintenant de savoir si le Plan de Redressement Economique et social a apporté des réponses aux maux dont souffrent les finances publiques et l’économie du Sénégal ?
LES RÉPONSES DU PLAN DE REDRESSEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL.
Le plan de redressement était largement axé sur l’assainissement du cadre macroéconomique de l’Etat . Autrement dit, il visait à permettre à l’Etat de faire face à ses charges et à financer ses investissements.
Dans ce cadre, le plan prévoyait :
– la rationalisation des dépenses publiques selon le modèle du Président Abdou Diouf : Moins d’Etat et mieux d’Etat.
Autrement dit, amener l’Etat à réduire la voilure sous différentes formes notamment à travers :
– la suppression ou la fusion de ses agences d’exécution,
– la réduction de son train de vie et de ses charges de fonctionnement ( missions à l’étranger, acquisitions de véhicules, consommations d’eau, d’électricité et de téléphone..) et autres mesures.
– l’élargissement de l’assiette fiscale pour accroître le volume des recettes publiques.
À cet égard, il était envisagé, à côté de l’assiette fiscale classique, de fiscaliser de nouvelles niches notamment dans le secteur du numérique, du foncier et on en passe .
– le recours au financement endogène notamment les emprunts obligataires , les instruments de la finance islamique comme les Sukuk , des outils d’ingénierie financière comme le recyclage d’actifs publics mais sans les vendre.
En réalité, ce recours n’était pas une option mais une obligation puisque le Sénégal était de fait exclu du marché financier international. À cause des baisses successives de ses notations financières.
Avec le PRES sur la période 2025- 2028 , l’Etat du Sénégal escompte engranger environ 5667 milliards de Fcfa . Or, le Sénégal étant une économie importatrice et ayant une dette libellée en dollars ne saurait renoncer définitivement à l’endettement extérieur c’est-à-dire aux marchés financiers internationaux.
De plus , pour les spécialistes , le recours massif au financement endogène pourrait constituer un risque d’éviction du marché financier pour les entreprises locales. En effet, les marchés financiers risquent de privilégier l’Etat par rapport à ces entreprises et finalement pourraient ne leur octroyer que des crédits à des taux prohibitifs.
Malheureusement, la stratégie d’assainissement du cadre macroéconomique , colonne vertébrale du PRES , a pêché par l’absence de normalisation avec le FMI , partenaire indispensable pour accéder aux bailleurs internationaux.
Il semblerait que le souhait du FMI serait en faveur de la restructuration de la dette publique Sénégalaise. Orientation qui serait à l’opposé de celle du pouvoir actuel. Dire non à la restructuration, c’est une chose. Mais autre chose serait surtout de mettre en chantier une autre alternative.
Selon le discours du PM , l’alternative pourrait être la valorisation et le recyclage des actifs de l’Etat . Pour un pouvoir qui se veut souverainiste, l’option de recyclage d’actifs si , elle se confirme serait une alternative surprenante.
Walt and see .
