Par arrêté n° 30.04.2026-009965 portant dégel partiel des licences de pêche démersale côtière, la Ministre des Pêches et de l’Économie maritime lève un moratoire de 20 ans sur une pêcherie globalement surexploitée. Le prétexte invoqué : une directive présidentielle sur l’approvisionnement du marché national.
Derrière cet argument de façade, se cache une réalité troublante que le GAIPES tient à porter à la connaissance de l’opinion publique et des plus hautes Autorités de l’Etat.
Il s’agit de l’introduction dans une pêcherie fragile, de navires appartenant à un armement notoirement épinglé entre 2018 et 2024 pour des pratiques de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (PINN) : balises de localisation éteintes, pêche en zones interdites, infractions graves et répétées au Code de la pêche. Un fraudeur multirécidiviste !
Pour tenter de justifier l’injustifiable, la ministre sortante des pêches, Dr Fatou DIOUF, n’a pas hésité à distiller, dans les médias, des arguments en contradiction avec la réalité. Elle déclare : « Nous avions écrit à tout le monde, nous avons écrit à tous les armateurs pour leur dire que nous avons un projet d’octroi de licences à des navires (sic) mais qui vont introduire leurs produits au Sénégal et on a reçu une seule réponse ». Une affirmation qui ne résiste pas à l’épreuve des faits.
Le rapport du CRODT, sur lequel s’appuie le département des pêches, est pourtant assez clair concernant les ressources sous-exploitées et pleinement exploitées pour lesquelles « l’exploitation (…) ne se fait pas séparément des ressources surexploitées ». Il poursuit « Pour les stocks démersaux surexploités, (…) des mesures de gestion doivent être prises pour récupérer le déficit (…) et ramener les captures à un niveau soutenable ». En procédant à une lecture sélective et tendancieuse de ce document, l’administration des pêches prend le risque de jeter le discrédit sur la recherche halieutique sénégalaise.
Il apparait dès lors que la décision souffre de lacunes dans l’analyse des résultats : absence de prise en compte des incertitudes et intervalles de confiance, focalisation sur les captures et potentiels exploitables, ignorance totale de la dimension écosystémique, de l’approche de précaution ainsi que des implications socio-économiques.
En définitive, ni le segment de pêche visé, ni les espèces concernées et encore moins le tonnage dérisoire potentiellement exploitable (2 000 à 3 000 tonnes), ne permettent de répondre au besoin de couverture du marché local estimé à minima à environ 220 000 tonnes (Dr Idrissa DIEDHIOU, Marine Science, avril 2026).
L’argument de l’approvisionnement national est donc non seulement infondé, mais instrumentalisé.
Cet arrêté du dégel arrive dans un contexte où on attendait la tutelle sur toutes les diligences en vue de lever le carton de jaune de l’Union européenne qui plane depuis 2024, précisément en raison de pratiques de pêche INN. Octroyer des licences dans une pêcherie menacée à un armement connu et reconnu pour ces mêmes pratiques revient à aggraver délibérément une situation déjà critique, et à compromettre l’accès de nos pêcheurs aux marchés internationaux.
A moins que cela ne soit le résultat recherché par madame la Ministre.
Ce forcing, car c’est bien de cela qu’il s’agit, pour imposer une décision unilatérale, aux antipodes de toute concertation, ne fait pas que susciter des interrogations légitimes. Il alarme. Il inquiète.
C’est la raison pour laquelle, le GAIPES lance un appel solennel à Son Excellence Monsieur le Président de la République, au Chef du Gouvernement ainsi qu’à la Représentation nationale pour le retrait pur et simple de l’arrêté en question.
