Le Sénégal traverse, depuis plusieurs semaines, une séquence politique et institutionnelle d’une gravité exceptionnelle. À la suite du limogeage du Premier ministre, de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, puis des divergences apparues entre la majorité parlementaire et le Président de la République relativement à la formation du nouveau gouvernement, notre pays semble être entré dans une phase de fortes turbulences institutionnelles marquée par le déplacement du centre de gravité de la confrontation politique vers l’Assemblée nationale.
Cette évolution fait émerger une configuration institutionnelle inédite dans l’histoire politique du Sénégal. Elle est marquée par un face-à-face au cœur de l’état entre le Président de la République, garant de la Constitution et de l’unité nationale, et le Président de l’Assemblée nationale, deuxième personnalité de l’État.
Or, il doit être absolument exclu que le Sénégal soit de nouveau exposé au risque de replonger dans des conflits politiques comparables à ceux qu’il a traversés au cours des années passées, avec les conséquences dramatiques qui en ont découlé pour le pays dans tous les domaines. C’est pourquoi, il est attendu de l’ensemble des acteurs politiques, institutionnels et sociaux une exigence supérieure de responsabilité, de retenue et de hauteur républicaine.
C’est dans cet esprit que nous, acteurs de la société civile, centrales syndicats les plus représentatives, universitaires, intellectuels, responsables d’organisations citoyennes, personnalités indépendantes, Sénégalaises et Sénégalais profondément attachés à la stabilité de la République, à la paix civile et à la préservation de nos acquis démocratiques, lançons un appel solennel à la sérénité, à la responsabilité et au respect scrupuleux des principes de l’État de droit.
Au regard des développements en cours, plusieurs interrogations juridiques majeures se trouvent aujourd’hui au cœur du débat national. Parmi celles-ci figure notamment, la question de la régularité juridique de la procédure ayant conduit à la réintégration du député Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, ainsi que celle de la validité des actes subséquents susceptibles d’en découler notamment, son élection à la présidence de l’institution parlementaire.
Dans un État de droit, de telles questions ne sauraient être tranchées ni par les passions partisanes, ni par le rapport de force politique, encore moins par les pressions de la rue ou les surenchères verbales. Elles relèvent exclusivement de la compétence des juridictions et des institutions habilitées à dire le droit, au premier rang desquelles le Conseil constitutionnel. Dans ces circonstances particulièrement sensibles, il apparaît indispensable que le temps du droit reprenne le dessus sur le temps de l’affrontement politique.
À cet égard, le recours introduit par une partie des groupes parlementaires de l’opposition peut utilement constituer une démarche de clarification institutionnelle. Le Conseil constitutionnel devra disposer du temps et de la sérénité nécessaire pour se prononcer sur les procédures engagées ainsi que sur les questions de droit soulevées par la crise actuelle, avant toute accélération des initiatives parlementaires en cours.
Une telle démarche ne saurait être interprétée comme un recul politique ou une entrave au fonctionnement démocratique des institutions. Elle procède, au contraire, d’une exigence de responsabilité républicaine visant à prévenir toute escalade susceptible d’affecter durablement la stabilité des institutions, la cohésion nationale et l’image démocratique du Sénégal. Nous appelons également l’ensemble des responsables politiques, des députés, des militants, des acteurs d’opinion et des citoyens à s’abstenir de toute logique de confrontation, de toute parole excessive, de toute tentative de délégitimation des institutions de la République ou de toute forme de pression sur les juridictions.
Dans les moments décisifs de son histoire, le Sénégal a toujours su puiser dans ses traditions démocratiques, son héritage de dialogue et sa culture de la mesure, les ressources nécessaires pour préserver l’essentiel. Au regard des nouveaux développements enregistrés ces derniers jours, ainsi que des tensions qui en découlent, il serait indiqué que, dans le prolongement des consultations récemment organisées par le Président de la République, de nouvelles initiatives de concertation soient envisagées afin de faire prévaloir, en toutes circonstances, des solutions fondées sur un souci partagé de préservation de la paix civile ainsi que du respect des principes et des règles de l’État de droit.
Notre démocratie ne pourra sortir renforcée de cette épreuve qu’à la condition que les contradictions politiques actuelles soient exclusivement arbitrées par les mécanismes constitutionnels prévus par notre État de droit. Plus que jamais, la Nation a besoin de lucidité, de calme et d’un profond sens des responsabilités. Nous invitons enfin l’ensemble des forces vives du pays, autorités religieuses et coutumières, organisations de la société civile, universitaires, intellectuels, syndicats, organisations professionnelles, mouvements citoyens et partenaires sociaux, à se mobiliser pour préserver l’essentiel : la stabilité de la République, la paix civile, l’unité nationale et la primauté du droit.
Le Sénégal mérite des institutions et des dirigeants pleinement conscients de la gravité du moment historique que traverse notre pays. Ils doivent également garder à l’esprit les profondes tensions géopolitiques et sécuritaires qui affectent aujourd’hui la sous-région sahélienne, le continent africain et plusieurs espaces stratégiques internationaux, dans un contexte mondial marqué par de fortes incertitudes.
Les fragilités qui en découlent pour nos économies, avec leurs lourdes conséquences sociales sur la Nation, doivent conduire tous les acteurs à faire prévaloir, au-dessus de toute autre considération, les impératifs de cohésion nationale, de stabilité institutionnelle et de paix sociale. Tel est le sens profond du présent appel. Vive le Sénégal. Vive la République. Vive une Afrique de paix, de stabilité et de souveraineté.
Fait à Dakar, le 10 juin 2026
Ont signés:
PACTE-Plateforme des Acteurs de la société Civile pour la Transparence des Elections –
PF AnE -Plateforme des Acteurs non Etatique –
FSS-Forum Social Sénégalais-
GRADEC-Groupe de Recherche et d’Appui Conseil pour la Démocratie participative et la bonne gouvernance-
ENDA GRAF SAHELØLEGS AFRICAØCNTS
–CNTS/FCConfédération Nationale des Travailleurs du Sénégal-
–Confédération Nationale des Travailleurs du Sénégal/Force du changement-
CSA Confédération des Syndicats Autonomes-
UNSAS-Union Nationale des Syndicats Autonomes du Sénégal
